Une alternative marxiste à la crise du capitalisme - Manifeste de la Tendance Marxiste Internationale (partie 3 sur 3) [fr]

June 2

Les pays pauvres d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique latine seront les plus durement frappés par la crise. Même pendant le boom, la grande majorité de leur population n’en tirait pratiquement aucun bénéfice. Dans tous les pays, il y a eu une polarisation extrême entre riches et pauvres. 2% de la population mondiale possède la moitié des richesses de la planète. 1,2 milliard d’hommes, de femmes et d’enfants vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. C’est 200 millions de plus qu’en 1993. Cette situation est ce que le capitalisme a de mieux à offrir. Et maintenant ?

La crise du « Tiers-monde Â»

Les pays pauvres d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique latine seront les plus durement frappés par la crise. Même pendant le boom, la grande majorité de leur population n’en tirait pratiquement aucun bénéfice. Dans tous les pays, il y a eu une polarisation extrême entre riches et pauvres. 2% de la population mondiale possède la moitié des richesses de la planète. 1,2 milliard d’hommes, de femmes et d’enfants vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. C’est 200 millions de plus qu’en 1993. Cette situation est ce que le capitalisme a de mieux à offrir. Et maintenant ?

En plus de l’effondrement des exportations, qui va toucher toutes les marchandises (à part l’or et l’argent), ces pays font face à l’inflation des produits alimentaires, qui est largement due à la spéculation. Un rapport récent de Banco Interamericano a prévenu que cette inflation menaçait de plonger 26 millions de latino-américains dans la pauvreté absolue.

La pauvreté et la faim vont s’accroître en conséquence de la crise financière et des mesures d’« ajustement structurel Â» dictées par le Fonds Monétaire International. Un rapport de la Banque Mondiale explique que le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour pourrait atteindre 1,5 milliard à la fin de l’année. En Inde, le nombre de ces victimes de « pauvreté absolue Â» est estimé à 340 millions, contre 300 millions en 1980 – et ce alors que l’Inde a connu des taux de croissance économique de 10% ! A présent, la croissance indienne ralentit, même d’après les chiffres officiels. De même, les économistes anticipent une baisse du PIB par habitant en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Le FMI demande aux pays pauvres d’ouvrir leur marché au capital international. Il leur demande de faire des coupes sombres dans leurs dépenses publiques, d’arrêter de subventionner la nourriture et autres produits de base, et de privatiser les entreprises publiques. L’objectif officiel est d’encourager une « croissance économique durable Â», dans ces pays. Mais en réalité, cela se traduit par la destruction de leur industrie et de leur agriculture nationales – ainsi que par une flambée du chômage et de la pauvreté.

Une étude récente montre qu’en 1997 et 1998, le solde net des transferts de capitaux entre le continent africain et le FMI était supérieur à 1 milliard de dollars – au détriment de l’Afrique. Et pourtant, la dette totale de l’Afrique a continué de croître (de 3%). Alors que les pays africains ont urgemment besoin d’accroître leurs dépenses de santé et d’éducation, les dictats du FMI ont eu pour effet de diminuer ces dépenses. Par exemple, entre 1986 et 1996, les dépenses pour l’éducation, par habitant, ont baissé.

La catastrophe que vit le Tiers-monde n’a rien d’inéluctable. En ce début de XXIe siècle, la famine n’a absolument aucune justification. L’argent qui a été donné aux banques aurait pu résoudre le problème de la famine mondiale et sauver des millions de vies. En juin 2008, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a demandé 30 milliards de dollars pour stimuler l’agriculture et prévenir des pénuries alimentaires. Elle n’en a obtenu que 7,5 milliards, payables en quatre ans, ce qui représente à peine 1,8 milliard par an.

Il est courant, en Occident, de présenter les « solutions Â» aux problèmes du Tiers-monde en termes d’aides. Les pays « riches Â» doivent donner de l’argent aux pays « pauvres Â». Mais premièrement, les sommes dérisoires des soi-disant « aides Â» ne représentent qu’une minuscule partie du pillage de l’Asie, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Amérique latine. Deuxièmement, ces aides sont généralement liées aux intérêts commerciaux, militaires ou diplomatiques des pays donateurs. Elles constituent en fait un moyen parmi d’autres d’accroître la subordination de ces pays aux puissances impérialistes.

Dans tous les cas, il est inacceptable que des pays disposant de vastes ressources en soient réduits à demander la charité, comme un mendiant convoite les miettes tombées de la table des riches. La condition première est de rompre avec la domination impérialiste et de renverser les régimes corrompus qui, au final, ne sont rien d’autre que les agents locaux de l’impérialisme et des grandes multinationales. Ce n’est pas la charité qui peut résoudre le problème de la pauvreté mondiale, mais un changement fondamental de la société.

Dans de nombreux pays, après des années de fatigue et de découragement, la classe ouvrière reprend le chemin des luttes. La lutte des Palestiniens contre l’oppression israélienne se poursuit. Mais la clé de l’avenir réside dans les puissantes classes ouvrières de pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Egypte. L’Egypte a été balayée par une vague de grèves et d’occupations pour défendre l’emploi – dont la grève victorieuse des 20 000 travailleurs de l’industrie textile de Mahalla. Les travailleurs iraniens sont également en mouvement. Il y a eu en Iran une vague de grèves impliquant différentes sections de la classe ouvrière : les conducteurs de bus, les travailleurs des chantiers navals, de l’industrie textile, de l’industrie pétrolière, de l’industrie du sucre. Ces grèves commencent par des revendications économiques. Mais étant donnée la nature du régime iranien, elles prendront inévitablement un caractère politique et révolutionnaire.

Au Nigeria, il y a eu pas moins de huit grèves générales – en l’espace de huit années ! En Afrique du Sud, également, les puissantes organisations syndicales ont organisé toute une série de grèves générales (la dernière en août 2008). On a assisté à de puissants mouvements des travailleurs au Maroc, en Jordanie, au Liban et même en Israël – le bastion de la réaction au Moyen-Orient. Des mouvements massifs d’ouvriers et de paysans ont secoué le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh. Au Népal, ces mouvements ont abouti au renversement de la monarchie.

Une vague révolutionnaire balaye toute l’Amérique latine. Le Venezuela en est l’avant-garde. Les appels de Chavez en faveur du socialisme ne sont pas passés inaperçus. L’idéal socialiste est de nouveau à l’ordre du jour. En Bolivie et en Equateur, le mouvement des masses contre le capitalisme et l’impérialisme se développe malgré la résistance des oligarchies appuyées par Washington. Il faut mettre à l’ordre du jour la solidarité ouvrière internationale et la lutte pour le socialisme. C’est la seule solution viable aux problèmes des masses.

Nos revendications :

1) Annulation immédiate de la dette du Tiers-Monde.

2) A bas le latifundisme et le capitalisme !

3) Pour l’expropriation des grands propriétaires terriens. Pour une réforme agraire. Là où c’est possible, les grands domaines terriens doivent être cultivés de façon collective et par des méthodes modernes, afin de stimuler la production.

4) Non à la domination de l’impérialisme ! Nationalisation des grandes multinationales !

5) Pour un programme massif d’alphabétisation et d’éducation.

6) Pour un système de santé universel, gratuit et de qualité.

7) A bas l’oppression des femmes ! Pour une complète égalité sociale et économique entre les hommes et les femmes !

8) A bas la corruption et l’oppression ! A bas les agences locales de l’impérialisme !

A bas l’impérialisme !

L’aspect le plus frappant de la situation actuelle est le chaos et le désordre qui se sont emparés de l’ensemble de la planète. L’instabilité est générale : économique, sociale, politique, diplomatique et militaire. Partout, il y a la guerre ou la menace de la guerre. L’invasion de l’Afghanistan a été suivie par celle, encore plus sanglante et criminelle, de l’Irak. Il y a eu des guerres partout : dans les Balkans, au Liban, à Gaza, au Darfour, en Somalie, en Ouganda, etc. Au Congo, 5 millions de personnes ont été tuées, ces dernières années, sans que l’ONU et la soi-disant communauté internationale ne lèvent le petit doigt.

Conscient de son immense puissance, Washington remplace la diplomatie « normale Â» par les menaces les plus éhontées. Son message est d’une brutalité limpide : « faites ce que nous disons, ou nous vous bombarderons et vous envahirons Â». L’ancien Président du Pakistan, le général Pervez Musharraf, a révélé que peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont menacé de bombarder son pays et de le ramener à « l’âge de pierre Â» s’il n’offrait pas sa coopération dans la lutte contre le terrorisme et les Talibans. Et à présent que Musharraf a été évincé, l’aviation américaine bombarde le territoire pakistanais.

L’impérialisme américain a envahi l’Irak sous le prétexte mensonger que ce pays possédait des armes de destruction massive. Ils ont fait valoir que Saddam Hussein était un dictateur brutal, qui a tué et torturé son propre peuple. Mais aujourd’hui, l’ONU est forcée d’admettre que dans l’Irak occupé, les massacres et la torture sont endémiques. Selon un récent sondage d’opinion, 70 % des Irakiens pensent que la vie est pire que sous Saddam Hussein.

La « guerre contre le terrorisme Â» a conduit, à l’échelle mondiale, à un développement inédit du terrorisme. Partout où ils mettent les pieds, les impérialistes américains provoquent les destructions et les souffrances les plus atroces. Les effroyables scènes de mort et de destruction, en Irak et en Afghanistan, rappellent les paroles de l’historien romain Tacite : « Et lorsqu’ils ont créé un désert, ils l’appellent la paix Â». Mais par rapport à la puissance de l’impérialisme américain, la puissance de l’Empire romain était un jeu d’enfant. Non content du viol de l’Irak, les Etats-Unis menacent la Syrie et l’Iran. Ils déstabilisent l’Asie centrale. Ils tentent constamment de renverser le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela, et cherchent à assassiner le président Chavez. Ils n’ont pas renoncé à ramener Cuba au rang de semi-colonie, et organisent des actes de terrorisme contre ce pays.

La plupart des gens se détournent de cette barbarie avec dégoût. Il leur semble que le monde est soudainement devenu fou. Cependant, une telle réaction est inutile et contre-productive. La situation actuelle à laquelle est confrontée l’humanité ne peut pas être interprétée comme une expression de folie ou de méchanceté intrinsèque des hommes et des femmes. Le grand philosophe Spinoza disait : « ni rire, ni pleurer, mais comprendre ! Â» C’est un très bon conseil, car si nous ne sommes pas en mesure de comprendre le monde dans lequel nous vivons, nous ne serons jamais capables de le changer. L’histoire n’est pas dénuée de sens. Elle peut être expliquée – et le marxisme fournit une explication scientifique.

Il ne sert à rien de considérer la guerre d’un point de vue sentimental. Clausewitz soulignait, il y a longtemps, que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Ce chaos sanglant reflète quelque chose. C’est le reflet des contradictions insolubles de l’impérialisme, à l’échelle mondiale. Ce sont les convulsions d’un système socio-économique qui se trouve dans une impasse. Nous avons vu des situations similaires auparavant, dans l’histoire du monde, comme lors du long déclin de l’Empire romain, ou l’époque de la fin de la féodalité. L’instabilité mondiale actuelle est seulement l’illustration que le système capitaliste a épuisé son potentiel historique et n’est plus en mesure de développer les forces productives comme il l’a fait dans le passé.

Le capitalisme sénile, criblé de contradictions insolubles, trouve son prolongement dans l’impérialisme le plus brutal que le monde ait jamais vu. La course frénétique aux armements engloutit une part plus en plus grande des richesses créées par la classe ouvrière. Les Etats-Unis, qui sont désormais la seule superpuissance au monde, y consacrent chaque année environ 600 milliards de dollars. Cela représente près de 40 % de toutes les dépenses militaires à l’échelle mondiale. En comparaison, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne représentent environ 5% chacun – et 6 % pour la Russie.

A elles seules, les sommes gigantesques dilapidées dans l’armement permettraient de résoudre le problème de la pauvreté dans le monde. Selon une étude, la guerre en Irak a coûté aux Etats-Unis 3000 milliards de dollars, à ce jour. Tout le monde admet que c’est de la folie. Mais on ne peut arriver au désarmement que par un changement fondamental dans la société. La liquidation de l’impérialisme ne peut être atteint que par la liquidation du capitalisme et de la domination des banques et des monopoles, par la fondation d’un ordre mondial rationnel, reposant sur les besoins des individus, et non pas sur la lutte féroce pour des marchés, des matières premières et des sphères d’influence – lutte qui est la véritable cause des guerres.

Nos revendications :

1) Non aux guerres réactionnaires conduites par l’impérialisme.

2) Retrait immédiat de toutes les troupes étrangères en Irak et en Afghanistan.

3) Coupe drastique dans les dépenses en armements – et une augmentation massive des dépenses sociales.

4) Les pleins droits civils pour les soldats, y compris le droit de se syndiquer et de faire grève.

5) Défense du Venezuela, de Cuba et de la Bolivie contre les plans d’agression de Washington !

6) Contre le racisme ! Défendre les droits de tous les peuples opprimés et exploités ! Pour l’unité de tous les travailleurs, indépendamment de leur couleur, de leur race, de leur nationalité ou de leur religion.

7) Pour l’internationalisme prolétarien ! Prolétaires de tous les pays unissez-vous !

Pour un monde socialiste !

Le marché ne peut être ni planifié, ni régulé. Il ne réagit pas aux mesures prises par les gouvernements nationaux. Le Président de la Banque mondiale l’a pratiquement reconnu lorsqu’il a dit : « le G8 ne fonctionne pas. Il nous faut un meilleur groupe, pour des jours meilleurs Â». Mais il n’y a pas de jours meilleurs en vue. Le FMI ne peut pas soutenir financièrement le monde entier. Or la crise est mondiale. Aucun pays ne peut y échapper. La crise exige donc une solution mondiale – et le socialisme seul est cette solution.

Au Moyen-âge, la production était confinée au marché local. Même le transport de marchandises d’une ville à l’autre impliquait le paiement de péages, d’impôts et autres taxes douanières. Le renversement de ces barrières féodales et la constitution d’un marché national – et d’un Etat-nation – étaient une condition préalable au développement du capitalisme moderne. Mais aujourd’hui, au XXIe siècle, les Etats-nations et les marchés nationaux sont devenus trop étroits face à la formidable expansion de l’industrie, de l’agriculture, de la science et de la technologie. De l’ensemble des économies nationales a surgi le marché mondial. Karl Marx l’avait déjà brillamment anticipé dans le Manifeste du Parti Communiste, il y a 160 ans. L’écrasante domination du marché mondial est la caractéristique essentielle de l’époque moderne.

Dans sa jeunesse, le capitalisme a joué un rôle progressiste en balayant les vieilles barrières et entraves féodales – et en créant un marché national. Plus tard, le développement du capitalisme a créé un marché mondial. La mondialisation signifie que le développement des forces productives a dépassé les limites étroites des Etats-nations. Cependant, la mondialisation ne supprime pas les contradictions du capitalisme. Il ne fait que les reproduire à une échelle beaucoup plus vaste. Pendant un temps, le capitalisme a réussi à surmonter ses contradictions en développant le commerce mondial (mondialisation). Pour la première fois dans l’histoire, le monde entier a été intégré au marché mondial. Les capitalistes ont trouvé de nouveaux marchés, et de nouvelles zones d’investissement se sont ouvertes à eux, en Chine et dans d’autres pays. Mais ce processus a désormais atteint ses limites.

En dernière analyse, la crise actuelle est une expression de la révolte des forces productives contre ces camisoles de force que sont la propriété privée des moyens de production et l’Etat-nation. La crise actuelle a un caractère mondial. La mondialisation se manifeste comme une crise mondiale du capitalisme. Il est impossible de la résoudre à l’échelle nationale : tous les experts le reconnaissent. Par exemple, la crise alimentaire mondiale a été fortement aggravée par la production d’éco-carburants aux Etats-Unis – qui sert uniquement les intérêts des grandes firmes agro-alimentaires, et de personne d’autre. Seule une économie planifiée à l’échelle mondiale peut mettre un terme à cette folie.

Dans son insatiable soif de profits, le système capitaliste a mis en danger la planète entière. Un système économique qui ravage la planète, détruit les forêts tropicales, empoisonne l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons – n’est pas digne de survivre. Les rues de nos grandes villes sont saturées de véhicules privés. Pour la seule année 2003, les gens ont passé 7 milliards d’heures dans des embouteillages, et y ont gaspillé 19 milliards de litres de carburant. L’absence de planification est en train de conduire à l’effondrement des infrastructures de transport et à une dégradation de l’environnement. Une grande partie de la pollution atmosphérique provient des véhicules.

Et ne parlons même pas de l’énorme coût humain de cette folie : accidents, personnes tuées et mutilées sur les routes, stress insupportable, nuisance sonore et chaos. En termes de productivité, c’est un gaspillage colossal. Pourtant, tout ceci pourrait être facilement résolu grâce à réseau rationnel de transports publics de bonne qualité et pratiquement gratuits. Le transport aérien, routier, ferroviaire et fluvial devrait appartenir à la collectivité et répondre aux besoins des hommes.

Le maintien du capitalisme n’est pas seulement une menace pour nos emplois et nos conditions de vie. C’est une menace pour l’avenir de la planète et la vie sur terre.

Est-ce utopique ?

Par leur participation accrue au marché mondial, les banquiers et les capitalistes ont réalisé des super-profits pharamineux. Désormais, ce processus a atteint ses limites. Tous les facteurs qui, sur la dernière période, poussaient l’économie mondiale vers le haut – se combinent à présent pour la pousser vers le bas. La demande, qu’ils ont artificiellement développée grâce à de faibles taux d’intérêt, s’est brusquement contractée. La sévérité de la « correction Â» est proportionnelle à la confiance exagérée et à « l’exubérance irrationnelle Â» de la période précédente.

De même que dans la période de déclin du féodalisme, les vieilles entraves – péages, impôts locaux et monnaies locales – étaient devenues des obstacles intolérables au développement des forces productives, de même les Etats-nations actuels, avec leurs frontières nationales, leurs passeports, leur contrôle des importations, leurs restrictions migratoires et leurs tarifs protectionnistes, sont devenus des entraves au libre mouvement des marchandises et des personnes. Le libre développement des forces productives – la seule garantie réelle du développement de la civilisation et de la culture humaines – exige l’abolition de toutes les frontières et une socialisation mondiale des richesses.

Un tel développement ne sera possible que sous le socialisme. La condition préalable est l’abolition de la propriété privée des secteurs clés de l’économie : socialisation des terres, des banques et de la grande industrie. Un plan de production global est le seul moyen de mettre en oeuvre le potentiel colossal de l’industrie, de l’agriculture, de la science et de la technique. Cela signifie un système économique reposant sur la production pour les besoins de la majorité – et non pour les profits de quelques-uns.

Une Europe socialiste, une Fédération socialiste de l’Amérique Latine ou du Moyen-Orient ouvriraient de nouvelles et formidables perspectives au développement humain. L’objectif final est une Fédération Socialiste Mondiale, dans laquelle les ressources de la planète entière seront exploitées pour le bénéfice de toute l’humanité. Les guerres, le chômage, la faim et les privations ne seraient plus que des mauvais souvenirs.

Certains diront que c’est une utopie, c’est-à-dire quelque chose qui ne peut pas être réalisé. Mais si nous avions expliqué à un paysan du Moyen-âge qu’il y aurait une économie mondiale, des ordinateurs et des voyages dans l’espace, il aurait réagi exactement de la même façon. Or, quand on y pense, est-ce vraiment si difficile ? Le potentiel des forces productives est tel que tout ce qui accable le genre humain – la pauvreté, le manque de logements, la faim, la maladie, l’analphabétisme, etc. – pourrait facilement être éliminé. Les ressources existent. Ce qu’il faut, c’est un système économique rationnel pour exploiter pleinement ces ressources.

Les conditions objectives du socialisme existent déjà. Est-ce vraiment une utopie ? C’est ce que diront les sceptiques bornés, qui ne connaissent pas l’histoire et n’ont aucune perspective pour l’avenir. La question qu’on doit se poser est celle-ci : en ce début de XXIe siècle, est-il acceptable que la vie, les emplois et les logements des hommes soient soumis aux mêmes lois que celles ayant cours sur les tables d’un casino ? L’humanité ne peut-elle pas construire un meilleur système que le jeu aveugle des forces du marché ?

A cette question, les défenseurs du soi-disant libre marché ne peuvent pas répondre par des arguments rationnels. Au lieu d’avancer de tels arguments, ils affirment simplement que le capitalisme est l’état naturel et inévitable des choses – et qu’il n’y a de toute façon aucune alternative. Ce n’est pas un argument logique, mais seulement un préjugé. Ils espèrent qu’en le répétant constamment, les gens finiront par le croire. Mais la vie elle-même a réfuté le mensonge selon lequel « l’économie de marché fonctionne. Â» Notre propre expérience nous montre que cela ne marche pas, que c’est un système chaotique, barbare et irrationnel qui détruit des millions de vies pour le bénéfice de quelques-uns.

Le système capitaliste est condamné. Il n’est même pas capable de nourrir la population mondiale. Son maintien menace l’avenir de la civilisation et de la culture. Il menace la continuité de la vie elle-même. Le système capitaliste doit mourir pour que l’espèce humaine puisse vivre. Dans la future société socialiste, les hommes et les femmes libres regarderont notre monde actuel avec la même incrédulité que lorsque nous considérons le monde des cannibales. Et pour les cannibales, un monde dans lequel les hommes et des femmes ne se mangeraient pas semblait une utopie.

La crise de la direction

En 1938, Léon Trotsky écrivait : « Les bavardages de toutes sortes selon lesquels les conditions historiques ne seraient pas encore "mûres" pour le socialisme ne sont que le produit de l’ignorance ou d’une tromperie consciente. Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir. Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c’est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire. Â»

La classe ouvrière a, de longue date, formé des partis pour défendre ses intérêts et changer la société. Qu’ils s’appellent Socialistes, Travaillistes ou Communistes – aucun, en fait, ne défend une politique socialiste ou communiste. La longue période de croissance capitaliste, après la seconde guerre mondiale, a scellé la dégénérescence réformiste et bureaucratique des organisations de masse de la classe ouvrière. Les dirigeants syndicaux, comme ceux des partis communistes et socialistes, ont plié sous la pression de la classe capitaliste, et la plupart ont abandonné toute prétention de changer radicalement la société.

En Russie, en Europe de l’Est et dans bien d’autres pays, les dirigeants des Partis Communistes ont complètement abandonné le programme révolutionnaire de Marx et de Lénine. Nous sommes confrontés à une contradiction criante : alors que le capitalisme est en crise, partout, les dirigeants des organisations de masse s’accrochent avec la dernière énergie à l’ordre établi. Comme le soulignait déjà Trotsky, en son temps : la situation politique mondiale se caractérise en premier lieu par la crise historique de la direction de la classe ouvrière.

Il est inacceptable que des dirigeants agissant au nom du socialisme, de la classe ouvrière ou même de la « démocratie Â», soutiennent – ou réalisent – des « sauvetages Â» de banques privées qui, dans les faits, signifient un accroissement massif de la dette publique qui sera financée par des années de coupes budgétaires et d’austérité. Ils le font au nom de « l’intérêt général Â» – alors qu’il s’agit en réalité d’une mesure dans l’intérêt des riches et contre les intérêts de la majorité. Mais cette situation ne pourra pas durer éternellement.

Il n’y a pas d’alternative, pour la classe ouvrière, en dehors de ses grandes organisations politiques et syndicales. Dans les conditions de crise du capitalisme, les organisations de masses seront secouées de haut en bas. Leurs dirigeants droitiers subiront la pression de la base – à commencer par les syndicats. Soit ils commenceront à refléter cette pression, soit ils seront poussés vers la sortie et remplacés par des gens plus en phase avec les aspirations des travailleurs. Notre tâche est d’enraciner les idées du marxisme dans le mouvement ouvrier, et de gagner la classe ouvrière aux idées du socialisme scientifique. Il y a 160 ans, dans le Manifeste du Parti Communiste, Marx et Engels proclamaient :

« Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ?

Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

Ils n’ont pas d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :

1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat.

2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. Â»

Les marxistes comprennent le rôle des organisations de masse. Nous ne confondons pas les dirigeants avec la masse des travailleurs qui les soutiennent. Un abîme sépare les dirigeants opportunistes et carriéristes de la classe qui vote pour eux. Le développement de la crise dévoilera cet abîme et l’aggravera jusqu’au point de rupture. Ceci dit, la classe ouvrière s’accroche à ses organisations traditionnelles, malgré la politique de ses dirigeants – parce qu’il n’y a pas d’alternative. La classe ouvrière ne comprendra pas l’utilité des petites organisations. Toutes les tentatives des sectes gauchistes de construire des « partis révolutionnaires de masse Â» en dehors des organisations traditionnelles ont lamentablement échoué – et sont condamnées à échouer, à l’avenir.

Nous luttons contre la faillite politique des vieilles directions. Nous leur demandons de rompre avec les banquiers et les capitalistes – et de mettre en Å“uvre des politiques dans l’intérêt des travailleurs et des classes moyennes. En 1917, Lénine et les Bolcheviks disaient aux dirigeants mencheviks et socialistes-révolutionnaires : « Rompez avec la bourgeoisie, prenez le pouvoir ! Â» Mais les Mencheviks et les Socialistes-Révolutionnaires refusaient obstinément de prendre le pouvoir. Ils s’accrochaient à la bourgeoisie et, ainsi, préparaient la victoire des Bolcheviks. De la même façon, nous demandons aux partis et organisations qui reposent sur la classe ouvrière et parlent en son nom de rompre, politiquement, avec la bourgeoisie, et de lutter pour un gouvernement et un programme socialistes.

Nous donnons un soutien critique aux grands partis ouvriers contre les partis des banquiers et des capitalistes. Mais nous leur demandons de mener une politique dans l’intérêt de la classe ouvrière. Aucune mesure palliative des gouvernements et des banques centrales n’empêchera la crise de se développer et de provoquer ses dégâts sociaux. Le problème, c’est que les directions des organisations de masse des travailleurs n’ont pas de programme et de perspective pour changer fondamentalement la société. Or c’est précisément ce qui est nécessaire.

La réalité sociale détermine la conscience – et non l’inverse. En général, la classe ouvrière apprend à travers l’expérience, et l’expérience de la crise du capitalisme lui permet d’apprendre rapidement. Nous apprendrons aux travailleurs à tirer les conclusions nécessaires, non par des dénonciations hystériques, mais par un travail patient et systématique pour enraciner le marxisme dans les grandes organisations des travailleurs. Les gens se posent des questions et attendent des réponses. La tâche des marxistes, c’est de rendre consciente l’aspiration inconsciente ou semi-consciente des travailleurs à changer la société.

Contre le sectarisme !
Vers les organisations de masse de la classe ouvrière !
Lutter pour transformer les syndicats !
Lutter pour le programme marxiste !

Aider à construire la Tendance Marxiste Internationale !

Se plaindre de l’état du monde n’est pas suffisant. Il faut agir ! Ceux qui disent : « Je ne m’intéresse pas à la politique Â» ne sont pas nés à la bonne époque. Aujourd’hui, il n’est pas possible d’échapper à la politique. Essayez ! Vous pouvez vous enfermer chez vous et vous cacher sous votre lit : la politique viendra frapper à votre porte. La politique affecte tous les aspects de nos vies. Le problème, c’est que beaucoup de gens identifient la politique avec les partis et les dirigeants actuels. Ils sont rebutés par le théâtre parlementaire, le carriérisme, les discours et les promesses creuses.

Les anarchistes en tirent la conclusion que nous n’avons pas besoin de parti. C’est une erreur. Si ma maison se dégrade, je n’en tire pas la conclusion qu’il me faut dormir dans la rue – mais plutôt qu’il me faut d’urgence la restaurer. De même, si je ne suis pas satisfait de la direction actuelle des syndicats et des partis de gauche, je dois lutter pour une direction alternative, avec un programme et une politique conformes aux besoins des travailleurs.

La Tendance Marxiste Internationale lutte pour le socialisme dans 40 pays des cinq continents. Nous reposons fermement sur les fondations du marxisme. Nous défendons les idées, les principes, la politique et les traditions élaborés par Marx, Engels, Lénine et Trotsky. A ce stade, notre voix est toujours faible. Longtemps, les marxistes ont dû aller contre le courant. La Tendance Marxiste Internationale a prouvé sa capacité à rester ferme dans des conditions difficiles. Et à présent, nous allons dans le sens de l’histoire. Toutes nos perspectives ont été confirmées par le cours des événements. Cela nous donne une confiance inébranlable dans les idées et les méthodes du marxisme, dans la classe ouvrière et le futur socialiste de l’humanité.

A présent, nos idées vont atteindre la masse des travailleurs dans chaque entreprise, chaque syndicat, chaque école et chaque université – à commencer par les jeunes et les travailleurs les plus avancés. Pour mener ce travail, nous avons besoin de votre aide. Nous avons besoin de gens pour écrire des articles, vendre des journaux, collecter de l’argent, défendre nos idées dans le mouvement ouvrier. Dans la lutte pour le socialisme, aucune contribution n’est trop modeste – et tout le monde peut jouer un rôle. Vous pouvez jouer un rôle. Ne pensez pas : « Mon engagement ne changera rien Â». Ensemble, si nous sommes organisés, nous pouvons profondément changer les choses.

La classe ouvrière dispose d’un énorme pouvoir. Sans la permission des travailleurs, pas une lumière ne brille, pas une roue ne tourne, pas un téléphone ne sonne. Le problème, c’est que la plupart des travailleurs ne sont pas conscients de ce pouvoir. Notre tâche est de faire en sorte qu’ils en soient conscients. Nous lutterons pour chaque réforme et chaque avancée, aussi petite soit-elle, car c’est à travers cette lutte que les travailleurs acquièrent confiance en eux-mêmes et en leur capacité à changer la société.

Partout, l’humeur des masses est en train de changer. En Amérique latine, il y a une fermentation révolutionnaire qui s’intensifiera et gagnera d’autres continents. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans d’autres pays industrialisés, la plupart des gens ne remettaient pas en cause, jusqu’alors, l’ordre social existant. Désormais, ils se posent des questions. Des idées qui n’avaient l’écoute que d’une toute petite minorité vont trouver un écho beaucoup plus large. Toutes les conditions d’une intensification sans précédent de la lutte des classes, à l’échelle mondiale, sont réunies.

Lorsque l’URSS s’est effondrée, on nous expliquait qu’il s’agissait de la fin de l’histoire. Or, l’histoire ne fait au contraire que commencer. En l’espace de 20 ans, le capitalisme a complètement révélé sa faillite. Il faut lutter pour une alternative socialiste ! Notre objectif est d’accomplir une transformation fondamentale de la société et de lutter pour le socialisme à l’échelle nationale et internationale. Nous luttons pour la plus importante des causes : l’émancipation de la classe ouvrière et l’établissement d’une forme supérieure de société humaine. C’est la seule cause valable, en ce début de XXIe siècle.

Rejoignez-nous !

Le 30 octobre 2008

Publication : vendredi 19 décembre 2008



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