NOUVEAU DOCUMENTAIRE : L’AVENTURE DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE AU VENEZUELA

NOUVEAU DOCUMENTAIRE : L’AVENTURE DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE AU VENEZUELA
NOUVEAU DOCUMENTAIRE : L’AVENTURE DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE AU VENEZUELA

Ce documentaire est le fruit d’un montage d’archives de près de 17 000 heures tournées aux quatre coins du Venezuela, loin de Caracas, par Vive TV. Cette chaîne nationale a été fondée en novembre 2003 pour renouveler le vieux modèle de la télévision publique, contribuer au développement de la démocratie participative et rapprocher les peuples d’Amérique Latine.

Ses équipes ont tourné ces reportages sur toutes sortes de collectifs sociaux durant un processus d’immersion et d’apprentissage mutuel mené de 2003 à 2011. C’est un film sans scénario, sans maquillage, sans mise en scène. C’est le portrait de la lutte de milliers de citoyens qui ont réussi à révolutionner leur vie, et réveillé un continent, armés de leur sens critique.

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LE VENEZUELA ET L’AMÉRIQUE DU SUD : LA FIN DE DEUX CENTS ANS DE SOLITUDE

LE VENEZUELA ET L’AMÉRIQUE DU SUD : LA FIN DE DEUX CENTS ANS DE SOLITUDE
LE VENEZUELA ET L’AMÉRIQUE DU SUD : LA FIN DE DEUX CENTS ANS DE SOLITUDE

Ce  31 juillet 2012, à Brasilia, lors du sommet extraordinaire du Marché Commun du Sud (MERCOSUR), la présidente argentine Cristina Fernández, a salué l’adhésion du Venezuela : « les gouvernements du Venezuela, de l’Uruguay, du Brésil et de l’Argentine représentent la force sociale et historique de leurs peuples qui se rassemblent au bout de 200 ans d’Histoire pour signifier enfin que la solitude a pris fin, que nous nous sommes retrouvés. Ne croyez pas qu’il s’agit d’une bataille d’idées politiques ou économiques, non, c’est une bataille culturelle. Pendant longtemps nos sociétés, même nos chefs d’entreprise, ont été bombardés par le discours selon lequel les paradigmes étaient autres, les modèles étaient autres. Cette bataille ne peut se mener en termes individuels parce que nous faisons partie de projets collectifs, nous sommes nés collectivement à la politique. Nous ne sommes pas des projets individuels, derrière nous il y a les partis, les mouvements sociaux et politiques nourris d’une longue histoire. »

Brasilia, 31 juillet 2012. En marge du sommet du Mercosur, l’Argentine et le Venezuela ont signé d’importants accords liant leurs compagnies pétrolières publiques.

Lors de son arrivée à Brasilia le président Chavez était attendu par les délégués de nombreux mouvements sociaux et partis de gauche venus de tout le Brésil. Parmi eux les représentants de la CUT, principal syndicat du Brésil et le Mouvement des Sans Terre (www.mst.org.br), dont le coordinateur national, Joao Pedro Stedile, explique la mobilisation : « l’Amérique Latine vit une conjoncture positive pour le monde du travail en général, parce que nous sommes sortis de l’hégémonie totale des États-Unis et du néolibéralisme, avec l’élection de gouvernements progressistes dans tout le continent. L’avenir se joue dans la bataille entre trois projets : le premier est la reprise de l’offensive des États-Unis qui veulent recoloniser la région et la transformer en simple fournisseur de matières premières et d’énergie en vue de maximiser le profit de leurs entreprises qui opèrent ici. Le deuxième projet défend une intégration continentale sans les États-Unis mais qui reste dans le cadre des intérêts des entreprises capitalistes. Et il y a untroisième projet que nous appelons l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour l’Amérique) qui vise à construire une intégration politique, économique et culturelle à partir de l’alliance entre gouvernements progressistes et organisations populaires. Ces trois projets s’affrontent tous les jours dans tous les espaces et à chaque élection présidentielle, on trouve des candidats des trois projets.»

Pour éclairer l’honnête citoyen(ne) sur ce sommet historique du MERCOSUR et sur ses développements à court et à long terme (l’événement ayant été comme d’habitude occulté par les médias français), nous publions le point de vue d’un spécialiste des stratégies économiques publiques : Luciano Wexell Severo. Économiste brésilien formé à l’Université Pontifícia Católica de São Paulo (PUC/SP), Severo est titulaire d’un Master et doctorant d’Économie Politique Internationale (PEPI) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), chercheur de l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) au Brésil et professeur invité de l’Université Fédérale de l’Intégration Latino-Américaine (UNILA). Entre 2004 et 2005, Luciano Wexell Severo fut consultant de la Banque du Commerce Extérieur du Venezuela (Bancoex), puis, de 2005 a 2007, conseiller du Ministère des Industries Basiques de Minerai du Venezuela (Mibam). Entre 2008 et 2012, il a exercé les fonctions de Directeur Exécutif de La Chambre de Commerce et d’Industrie Brésil-Venezuela à Rio de Janeiro.

Hugo Chavez, Dilma Roussef, Pepe Mujica et Cristina Fernandez lors du sommet extraordinaire du MERCOSUR scellant l’adhésion du Venezuela, le 31 juillet 2012, à Brasilia. Roussef a annoncé la création d’un fonds spécial destiné à réduire les asymétries entre économies des membres du Marché Commun du Sud.

Les développements de l’entrée du Venezuela dans le marché Commun du Sud (Mercosur)

Par Luciano Wexell Severo

De manière générale, c’est aux alentours de 2003 que s’est opérée une inflexion dans l’orientation politique des gouvernements d’Amérique du Sud. Les mesures principales furent liées à la déconstruction des asymétries régionales, à une insertion internationale plus souveraine et au renforcement de la participation des mouvements sociaux.

C’est cette année-là que le gouvernement brésilien annonça le Programme de Substitution Compétitive des Importations (PSCI). Quelques mois plus tard fut annoncée la création du Fonds de Convergence Structurelle du MERCOSUR (FOCEM). Les Accords de Complémentarité Économique entre les pays membres du MERCOSUR et de la Communauté Andine des Nations (CAN) s’intensifièrent, permettant le surgissement de la Comunauté Sud-Américaine des Nations (CASA), créée lors du IIIème sommet des Présidents Sud-Américains à Cuzco, en 2004. Ultérieurement, lors du Ier Sommet Énergétique Sud-Américain dans l’île de Margarita, au Venezuela, en 2007, cette institution fut rebaptisée Union des Nations Sud-Américaines  (UNASUR). Celle-ci naquit  avec l’objectif d’être un organisme ample, capable de promouvoir l’intégration non seulement du commerce, mais aussi de l’infrastructure, des finances, de la communication, des transports, de la matrice énergétique, du système éducatif, de la santé, des stratégies scientifiques et technologiques, avec pour  membres la totalité des pays du sous-continent.

Parmi les principales conquêtes de l’UNASUR citons la création des Conseils de Défense Sud-Américain, Energétique de l’Amérique du Sud et de l’Infrastructure et de la Planification, en plus du projet de la Nouvelle Architecture Financière Internationale(NAFR) qui a permis le rapprochement entre Banques Centrales, la Constitution de la Banque du Sud et qui s’est accompagnée d’efforts pour former un marché régional de titres publics. En outre, en 2010, lors de la Réunion des Chefs d’État de l’UNASUR à Buenos Aires, les présidents ont annoncé la création de la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC). La naissance de cette institution fut scellée en 2011 à Caracas, coïncidant avec la commémoration du Bicentenaire de la Déclaration de l’Indépendance vénézuélienne.

Pendant de nombreuses années l’Amérique Latine n’a pas conçu de projet propre, mais la dernière décennie, avec l’ascension de gouvernements progressistes, développementistes, populaires ou intégrationnistes, a rendu la situation favorable à la construction d’une dynamique intégratrice, basée sur la coopération, la solidarité, la complémentarité, le développement économique et la déconstruction  des asymétries. Malgré les avancées importantes de l’UNASUR et les nouvelles initiatives qu’elle rend possibles, il reste fondamental d’affirmer le rôle du MERCOSUR como projet d’union régionale et, principalement, comme stratégie de développement des pays sud-américains. Plus que l’aspect purement commercial, il doit incarner une proposition commune de développement. Sur ce point un des éléments les plus siginficatifs est l’entrée du Venezuela dans le MERCOSUR ce 31 juillet 2012.

Avec l’adhésion de ce pays des Caraïbes, le PIB du MERCOSUR totalise en effet près de  3,2 trillions de US$, soit les 75% du total de l’Amérique du Sud. La population des pays membres augmente à 272 millions, soit 70% du total régional. Le bloc devient un des producteurs mondiaux les plus importants d’énergie, d’aliments et de produits manufacturés. Le Venezuela possède d’autres avantages comparatifs, liés à ses immenses réserves de minerai, d’eau potable et de biodiversité, qui lui assurent un rôle croissant dans le scénario mondial. En outre le pays bénéficie d’une position  géographique spéciale, relativement beaucoup plus ouverte aux flux internationaux du commerce de l’Hémisphère Nord.

A la suite de la crise mondiale et de la chute des prix du pétrole, l’économie vénézuélienne a achevé 2010 avec le quatrième plus grand PIB d’Amérique du Sud, derrière le Brésil, l’Argentine et la Colombie. En 2009, il avait accumulé le deuxième PIB le plus grand, dépassé seulement par le Brésil. La population vénézuélienne, physiquement et culturellement très proche de celle du Brésil, frôle les 29 millions d’habitants sur un territoire de 916 mille km2. Le pays est traversé par la Cordillère des Andes, le Delta de l’Orénoque, la Forêt Amazonienne, à la frontière de la région nord du Brésil.

Selon le rapport annuel de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole(OPEP), diffusé en juillet 2011, le Venezuela possédait, à la fin de 2010, une réserve certifiée de plus de 250 milliards de barils, dépassant l’Arabie Saudite. Les réserves vénézuéliennes ont triplé dans les cinq dernières années et ont atteint près de 20% du total mondial. Le résultat est lié aux récentes découvertes de la Frange Pétrolifère de l’Orénoque. Depuis 2010, les entreprises multinationales ont également découvert d’immenses champs de gaz dans la frange gazifère de la Côte Caraïbe du Venezuela. Le rapport Statistique de l’Énergie 2011 de la British Petroleum, signale que le pays détient la huitième plus grande réserve de gaz de la planète. Ces récentes découvertes renforcent l’idée de constituer une Organisation des Pays Exportateurs de Gaz (OPEG) et fortifient les articulations pour la construction du Gazoduc du Sud qui connectera le sous-continent du Venezuela jusqu’à l’Argentine.

Dans le nord du Venezuela, les plus grandes concentrations de minerai sont celles de nickel, charbon, zinc, argent, cuivre, chrome, plomb et silices. Au sud, les gisements se localisent dans la région stratégique de La Guyane, zone industrielle où se trouvent les entreprises basiques de la Corporation Vénézuélienne de la Guyane (CVG). Cette région, traversée par les fleuves Orénoque et Caroní, possède près de 600 kilomètres de frontière avec le Brésil. Autour de l’axe qui relie les villes de Puerto Ordaz à Santa Elena de Uairén se concentrent principalment les réserves de bauxite, de minerai de fer, de diamant, d’or, de baryte, de caolin et de manganèse. Selon le Ministère des Industries Basiques et Minières du Venezuela (MIBAM), il existe aussi des gisements, bien que peu qualifiés et en quantité indéfinie, de minerais tels que le graphite, le titane, le cobalt, le platine, le tungstène, le mercure, la dolomite, la magnésite, l’étain, et la fluorite, le mica, le vanadium, la bentonite, la cianyte, le bismuth, la colombite et l’asbeste, entre autres. Il y a une ample marge pour les activités des entreprises sud-américaines dans ce pays, tant dans l’exploitation que dans le traitement de ces matières premières.

“Semer le pétrole” et économie productive

L’activité pétrolière du Venezuela a commencé durant la deuxième décennie du siècle dernier dans la région du Lac de Maracaibo, État du Zulia. Depuis lors le pétrole s’est transformé en moteur principal de l’économie du pays ainsi que des transformations politiques et sociales. Selon l’économiste et poète vénézuélien Orlando Araujo (2006, p. 24), le boom de l’économie pétrolière vers la troisième décennie du 20ème siècle a coincidé, entre deux guerres mondiales, avec la crise internationale la plus violente qui a secoué le système capitaliste au cours du 20ème siècle; et sur le plan national, avec la faiblesse séculaire de l’économie agricole héritée du XIXème siècle. Le pétrole est apparu ainsi comme une irruption brutale et providentielle, comme le coup de baguette magique heureux, comme un cadeau divin, manne jaillie des entrailles de la terre pour une tribu sur le point de mourir de faim et à l’aube d’un désastre économique mondial.

Dans la répartition des exportations du Venezuela, le pétrole est passé de 0,9% en 1908 à 76,6% en 1928. Les exportations de café ont chuté de 72,3% à 13,7%, et celles du cacao de 10,1% à 4,4%. En 1948, les ventes de pétrole et de ses produits dérivés avaient déjà atteint le niveau actuel , impressionnant, de 95,9% de toute l’exportation vénézuélienne. L’accès croissant aux pétrodollars et la facilité permanente de l’importation découragea le développement d’autres activités productives internes, comme l’activité minière de l’or, du fer et de l’agriculture. Les ventes de café et de cacao continuèrent de baisser jusqu’à atteindre 2,0% et 1,4% du total respectivement. Entre 1928 et 1970, durant plus de quatre décennies, le pays occupa la position de plus grand exportateur mondial de pétrole.

En plus de marquer une division des eaux dans l’histoire vénézuélienne, la dynamique pétrolière a engendré  une des principales caractéristiques de l’économie du pays – la surévaluation de la monnaie nationale, le Bolívar. Au long des décennies ce phénomène a fouetté les importations tout en freinant les exportations, décourageant le développement des activités productives internes. Cette situation historique explique la relative fragilité de l’industrie et de l’agriculture du Venezuela. En analysant la politique économique vénézuélienne, on note que le plus grand défi historique, qui a échoué de manière répétée, a été de consacrer efficacement les ressources du pétrole dans un processus de diversification productive. Cette politique fut baptisée “Semer le pétrole” (1).

Actuellement, plus de 95% des exportations vénézuéliennes se concentrent sous le code  27 de la Nomenclature Commune du MERCOSUR  (NCM), qui inclut des minerais combustibles, des huiles minérales et les produits de leur distillation, des matières bétumineuses et des cires minérales. Près de 80% des ventes vont vers les États-Unis, la Chine, l’Inde, Singapour, l’Équateur, l’Espagne, la Hollande et quelques îles des Caraïbes. Le Brésil, pour sa part, représente moins d’1% des exportations vénézuéliennes de pétrole.

Pour un pays pétrolier qui veut avancer sur la voie du développement économique, le contrôle du taux de change a été crucial. Après la fuite des capitaux qui a suivi le coup d’État de 2002 et le sabotage des gérants de PDVSA (Entreprise du Pétrole du Venezuela), le Venezuela adopta à la fin de la même année le change fixe, établissant le taux de 1600 Bs. par dollar. Un an plus tard, le taux passa à 1920 Bs./dollar et en 2005  à 2150 Bs/dollar. En 2007, avec l’élimination de trois zéros du Bolívar, le taux officiel fut fixé à 2,15 Bs. A travers la Commission de l’Administration des Devises(CADIVI), le gouvernement a augmenté le contrôle sur le dollar, privilégiant les importations de “produits prioritaires” comme les aliments, les biens de capitaux, technologie, revenus familiaux, transactions diplomatiques et dépenses gouvernementales.

Les produits considérés comme non prioritaires ne bénéficient pas de l’accès garanti aux dollars de CADIVI, et sont importés souvent à travers d’autres mécanismes et avec des taxes qui atteignaient 8,5 Bolivars par dollar. Même de cette manière les données du Ministère du Commerce démontrent que le commerce binational a augmenté de 430% entre 2003 et 2010. Jusqu’à aujourd’hui plus de 60% des exportations brésiliennes vers le Venezuela sont des “produits prioritaires”.

Durant la crise internationale de 2009, le Venezuela a ressenti la forte chute des prix du pétrole. Après deux ans sans modification de taux, le gouvernement annonça la création de deux taux: l’un à. 2,60 Bs. pour l’importation de “produits prioritaires” et l’autre de 4,30 Bs. pour les autres achats. D’un côté la mesure a eu pour effet de contenir l’inflation, de l’autre elle a augmenté la quantité de ressources pour le gouvernement : chaque pétrodollar pour l’usage du gouvernement fut converti à 4,30 Bolivars, multipliant l’effet positif sur les budgets publics. En 2010, ce double taux de change fut éliminé au profit d’um taux unique de 4,30 Bolivars. Le succès de ces initiatives dépendra de plus en plus de l’efficacité de mesures complémentaires  comme l’élargissement du crédit, l’augmentation du salaire réel, la stimulation de la production nationale et l’efficacité de CADIVI.

Dans cet effort de “semer le pétrole” au  Venezuela, les principaux mécanismes utilisés pour surmonter l’économie rentière et pour promouvoir la diversification économique furent (entre autres) :

1) Le retour de l’entreprise PDVSA sous contrôle de l’État. Depuis sa création en 1976 l’entreprise a fonctionné comme un État dans l’État. Cette première mesure a rendu possible en grande partie l’application des autres mesures ;

2) Le contrôle du change, des capitaux et des prix, qui se sont révélés efficaces pour freiner la détérioration de la monnaie nationale et la fuite des capitaux, que ce soit à travers la spéculation internationale sur le bolivar, des revenus de profits à l’extérieur ou d’importations superflues;

3) La nationalisation, à travers le paiement d’indemnisations, d’entreprises stratégiques dans les secteurs des communications, de l’électricité, de l’alimentation et de la construction, ainsi que d’institutions financières;

et 4) La réforme de la Loi de La Banque Centrale du Venezuela, qui a établi un plafond annuel pour les réserves internationales; les valeurs qui dépassent ce plafond doivent être transférés au Fonds de Développement National, le FONDEN, dont l’objectif est de financer des secteurs comme les industries lourdes, les industries de transformation, l’agriculture, la pétrochimie, le gaz, l’infrastructure, les transports et le logement, entre autres. Depuis sa création en 2005, ont été versés au FONDEN, rien que par la compagnie nationale du pétrole PDVSA, près de 21,8 billions de dollars (Chávez, 2009, p.23).

Ces dernières années ont vu de grands progrès dans le processus d’intégration binationale Venezuela/Brésil. Accords noués entre des organismes vénézuéliens et brésiliens comme La Caisse Economique Fédérale (CEF), l’Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole (EMBRAPA), l’Agence Brésilienne de Développement Industriel (ABDI), l’Association Brésilienne d’Industrie des Machines et Équipements (ABIMAQ), la Superintendance de la Zone Franche de Manaos (SUFRAMA), l’Institut Nacional de Métrologie, Qualité et Technologie (INMETRO), l’Institut du Coeur (INCOR), entre autres.

En 2010, les présidents Lula et Chávez annoncèrent leur intention de créer des liens de coopération entre l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) et des institutions vénézuéliennes. Le ministre Samuel Pinheiro Guimarães, alors responsable du Secrétariat des Affaires Stratégiques (SAE), structure à laquelle l’IPEA était subordonné, a eu un rôle important dans cet accord. L’Institut inaugura son premier bureau de représentation à l’extérieur avec un siège au Ministère de l’Énergie et du Pétrole du Venezuela (MENPET) et à Petróleos de Venezuela (PDVSA). Actuellement des techniciens et des spécialistes brésiliens contribuent à la planification territoriale du développement des régions de la Frange Pétrolifère de l’Orénoque, zone certifiée comme la plus riche en pétrole du monde, et de la Zone Gazifère de l’État de Sucre.

Bien que la région du nord brésilien possède un des plus hauts indices de croissance économique et démographique du Brésil, elle n’est que faiblement intégrée au reste du Brésil. De part et d’autre de la frontière se concentrent les états dotés des plus bas indices de Développement Humains (IDH) des deux pays. L’Amazonie étant une pièce-clef dans le processus d’intégration de l’Amérique du Sud, il convient de considérer les possibilités d’amplifier les travaux autour de l’axe Amazone-Orénoque. Cette région possède les plus grandes réserves pétrolières du monde, et autour de cet axe se trouvent aussi les entreprises basiques et les principaux gisements de bauxite, minerai de fer, or et diamants du Venezuela. Les dernières années ont été marquées par de grandes avancées dans l’infrastructure énergétique (connexion du Barrage de Guri avec les lignes d’Eletronorte) et de communications (fibre optique de Caracas à Boa Vista et Manaus). Par cette zone passerait le méga-projet de Gazoduc du Sud, oeuvre fondamentale pour garantir la souveraineté énergétique sud-américaine. Actuellement le Groupe Frontalier Binational travaille à l’articulation des chaînes productives (Pôle Industriel de Manaos et Zone Franche de Puerto Ordáz, au Venezuela), à l’augmentation des échanges commerciaux entre les deux régions et au renforcement de l’infrastructure qui va de Manaos et Boa Vista (Brésil) jusqu’à Puerto Ordaz et Ciudad Bolívar, en passant par Pacaraima et Santa Elena de Uairén (Venezuela). Il est clair que c’est surtout à travers le nord du Brésil que le Venezuela entrera dans le Mercosur.

Ces dernières années les gouvernements du Brésil et du Venezuela, ainsi que les administrations de Roraima et de l’État vénézuélien de Bolívar, ont pris des initiatives pour dynamiser les relations commerciales, intensifier les flux d’investissements et promouvoir l’intégration productive du nord brésilien avec le sud vénézuélien. Il y a de grands potentiels en particulier dans les secteurs de la métallo-mécanique, de  l’agroindustrie, la pétrochinie, l’automobile et l’industrie pharmaceutique. En novembre 2010 et en août 2011, le Ministère des Relations Extérieures (MRE), le Ministère du Développement, de l’Industrie et du Commerce Extérieur (MDIC) et l’IPEA, entre autres organismes brésiliens et vénézuéliens, ont réalisé à Manaos et à Caracas respectivement, des séminaires pour débattre de l’intégration des régions du Nord du Brésil et du Sud du Venezuela.

Les relations entre le Brésil et le Venezuela ont atteint une phase particulière et un niveau très élevé qui ouvre d’innombrables perspectives, devenues plus favorables avec l’entrée du Venezuela dans le Mercosur. Peu de pays comptent autant d’importantes agences brésiliennes établies dans leurs capitales et dans les villes principales. En plus des progrès d’une vaste alliance du secteur public, s’intensifie l’agenda des projets engageant des entreprises privées brésiliennes au Venezuela telles qu’Odebrecht, OAS, Camargo Corrêa, Andrade Gutierrez, Queiroz Galvão, Braskem, AMBEV, Gerdau, Alcicla, Petrobras et Eletrobras, entre autres.

Les exportations brésiliennes vers le Venezuela étaient restées à un niveau relativement bas dans les années 80 jusqu’en 2003. Mais la forte croissance de l’économie vénézuélienne et la décision politique de traiter le Brésil comme un partenaire commercial préférentiel ont dopé les ventes brésiliennes vers le Venezuela. En 2003, les exportations du Brésil ont atteint 600 millions de dollars US. En 2008 déjà, ce montant avait été multiplié par neuf, dépassant 5,2 billions de dollars US. En 2009, même avec la diminution des exportations due à la crise internationale, les ventes brésiliennes au Venezuela ont atteint 3,6 billions de dollars, soit cinq fois plus qu’en 2003. En 2010, elles furent de 3,8 billions de dollars.

En 2003, les exportations brésiliennes vers le Venezuela représentèrent seulement 0,8% des ventes brésiliennes dans le monde. Em août 2010, ce pourcentage fut de 1,5%. En 2009, le Brésil était déjà le deuxième plus grand exportateur d’automobiles et de pièces détachées vers le Venezuela, le troisième plus grand exportateur d’électro-électroniques, d’aliments et de machines et d’équipements et le sixième de produits pharmaceutiques. Il existe, malgré tout, une grande asymétrie dans ces relations commerciales, avec un fort excédent en faveur du Brésil.

Comprenant que l’avancée du processus d’intégration sud-américaine dépend de la déconstruction des asymétries entre les pays et de la complémentarité conséquente des chaînes productives régionales, la chancellerie brésilienne a contribué depuis 2003 à affronter ce scénario défavorable. Cette année-là le gouvernement brésilien a adopté le Programme de Substitution Compétitive d’Importations (PSCI) (2). Ce plan avait pour objectif d’impulser le commerce entre le Brésil et les autres pays sud-américains, em susbstituant, chaque fois que c’était possible et sur base de prix compétitifs, les importations brésiliennes depuis des marchés tiers par des importations provenant de voisins du sud.

En outre dans les dernières années sont néees ou ont pris un nouvel essor les structures tournées vers l’intégration qui prennent en compte les grandes asymétries. Dans ce cadre sont nés l’UNASUR, le Fonds de Convergence Structurelle (FOCEM) et, plus récemment, la Banque du Sud. Dans les années futures l’expansion du réseau d’infrastructures vénézuéliennes permettra au pays caraïbe de développer des liens forts avec le reste de l’Amérique du Sud. On sait que le futur ne dépend pas que des oeuvres humaines. Mais il existe des preuves suffisantes pour affirmer que la planification rationnelle et l’intervention humaine peuvent changer le destin dans l’espace et dans le temps. Il incombe aux penseurs d’aujourd’hui de contribuer à la construction du Mercosur de demain, car il n’y a plus de doutes quant à l’importance fondamentale de l’entrée du Venezuela dans le bloc régional.

(1) L’expression fut lancée par l’intellectuel vénézuélien Arturo Uslar Pietri, em  1936. L’idée était de “convertir la richesse transitoire du pétrole en richesse permanente de la nation”. Pour l’avocat vénézuélien Ramón Crazut (2006), il s’agit d’une “politique orientée à consacrer le gros des ressources obtenues à travers l’exploitation des hydrocarbures à des investissements vraiment productifs qui contribuent à la diversification de la production et des exportations,et nous rendent indépendants de la relative monoproduction et monoexportation d’hydrocarbures, situation qui confère à notre économie une haute vulnérabilité, vu le caractère épuisable de cette ressource extractive et ses continuelles fluctuations de prix”.

(2) Samuel Pinheiro Guimarães (2008) affirme que “la compréhension brésilienne de la necessité de récupération et renforcement industriels de ses voisins nous a menés à la négociation du Mécanisme d’Adaptation Compétitive avec l’Argentine, aux efforts de construction des chaînes productives régionales et à l’exécution du PSCI. L’objectif de celui-ci était de contribuer à la réduction des extrêmes et chroniques déficits commerciaux bilatéraux, quasi tous favorables au Brésil”.

Traduction du portugais : Thierry Deronne

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Naissance d’une puissante ONG : le « Centre Chávez »…

Naissance d’une puissante ONG : le « Centre Chávez »…
Naissance d’une puissante ONG : le « Centre Chávez »…

« Les médias attaquent fort, et présentent Chávez comme un ennemi du Brésil, nous devons expliquer à la population que sa victoire le 7 octobre prochain sera aussi celle du peuple brésilien » explique Ismael Cardoso de l’Union de la jeunesse socialiste du Brésil (UJS). « Quand nous disons que la victoire de Chávez est notre victoire, ce n’est pas un simple slogan. Ce qui est en jeu c’est la corrélation de forces dans la géopolitique de l’Amérique latine » précise Loli Ilíada, secrétaire aux relations internationales du PT (Parti des travailleurs, de Lula et de Dilma Roussef).

Ce 24 juillet 2012 à São Paulo une importante réunion de mouvements sociaux – Mouvement des sans-terre (MST), mouvements de lutte pour les droits de la femme, de lutte étudiante ou Centrale unitaire des travailleurs (CUT) – principal syndicat du pays, ainsi que des principaux partis de gauche brésiliens (PT, Psol, PCdoB…) a décidé de créer un comité d’action pour soutenir la révolution bolivarienne en vue des prochaines élections présidentielles qui se tiendront le 7 octobre prochain au Venezuela. Première des nombreuses activités planifiées : une mobilisation populaire qui accueillera le président vénézuélien lors de sa réunion avec son homologue Dilma Roussef, le 31 juillet à Brasilia dans le cadre de l’adhésion historique du Venezuela au MERCOSUR.

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Coordination des mouvements sociaux et des partis de gauche brésiliens pour créer le comité de soutien à la réélection du président Chavez, Sao Paulo, 24 juillet 2012

« Nous ne pouvons sous-estimer la force de la droite, il suffit de voir le récent coup d’État au Paraguay » ajoute Loli Iliada du PT. Opinion partagée par João Pedro Stedile, coordinateur national d’un Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) qui s’est beaucoup mobilisé contre le coup d’État qui a renversé le président Lugo. « L’élection au Venezuela, plus que la nécessaire réélection de Chávez, est en réalité le nœud d’une bataille entre deux projets politiques à l’échelle continentale. Ne doutons pas que l’empire va déployer tout son arsenal et toute son énergie pour tenter de nous vaincre. Une victoire de Chávez est une victoire de tout le peuple latino-américain. Mais le contraire est aussi vrai : une défaite de Chávez serait une défaite de tout le processus en cours depuis douze ans en Amérique latine ». Stedile a rappelé que la droite brésilienne a déjà formé son comité anti-Chávez. « Jusqu’ici les secteurs de la droite vénézuélienne et leurs médias privés, majoritaires au Venezuela, puisaient leurs “news” dans les médias de Miami et de Madrid pour nourrir leurs campagnes contre le gouvernement de Hugo Chávez. À partir de cette année le diffuseur principal de ce type de “news” est devenu le Brésil. Quand la droite locale publie une info dans la presse brésilienne, qui parfois n’a guère de répercussion interne, aussitôt la droite vénézuélienne la reprend et l’amplifie comme “information internationale” ».

Au cours de cette réunion Gilberto Maringoni, du Parti Socialisme et Liberté (Psol) a déclaré que la gauche brésilienne a deux fronts de bataille devant elle dans les prochains mois : battre la droite au Brésil et contribuer à la victoire électorale de Chávez au Venezuela. « Une tâche très semblable à celle de Chávez est de battre la droite ici. La plus grande solidarité que nous pouvons offrir est de la battre ici dans les urnes ».

Valter Pomar, secrétaire exécutif du Forum de São Paulo (photo), organisation qui réunit les 84 principaux partis de la gauche latino-américaine, a rappelé le récent message par lequel Lula exprime son soutien total à Chávez, et a appelé les organisations progressistes à se mobiliser contre le discrédit qui est construit en permanence pour nuire au projet politique de Chávez, à organiser des actions de solidarité avec la révolution bolivarienne et à alerter l’opinion sur les plans de la droite pour discréditer le scrutin.

La firme privée de sondages états-unienne International Consulting Services a confirmé ce 18 juillet 2012 le pronostic donné ces derniers mois par la grande majorité des études d’opinion : un avantage de 23 points à Chávez sur son candidat d’opposition le plus proche (Henrique Capriles, droite). À moins de trois mois du scrutin présidentiel (le 7 octobre 2012), cette déroute annoncée renforce les habituels plans de violence et de déstabilisation médiatique post-électorale de la part d’une droite qui peine encore à accepter les règles du jeu démocratique.

Les élections qui ont lieu au Venezuela sous la présidence d’Hugo Chávez sont à la fois les plus nombreuses et les plus observées internationalement de l’histoire du Venezuela, ce qui a fait dire à l’ex-président du Brésil Lula da Silva que « Chávez est le plus légitime d’entre nous ». L’Union européenne (UE), la Fondation Carter, l’Association des juristes latino-américains, l’Organisation des États américains (OEA) ont dans leurs rapports publics légitimé tous les scrutins organisés depuis douze ans. José Miguel Insulza, l’actuel patron de l’OEA – qui est tout sauf un sympathisant du président vénézuélien – a déclaré en 2011 : « toutes les élections qui se sont déroulées jusqu’à présent au Venezuela se sont déroulées de manière parfaitement normale et nous ne voyons pas pourquoi il en serait autrement à l’avenir ».

On ne peut pas en dire autant des États-Unis où le duel présidentiel Al Gore – George W. Bush en 2000 avait été marqué par de graves accusations de fraude. Certains évoquèrent un « putsch électoral » des Républicains et le premier ministre français de l’époque (Lionel Jospin) déclara : « On ne connaîtra jamais la vérité ».

Le journaliste Gilberto Maringoni, présent à la réunion de solidarité de Sao Paulo, avait alors pris sa plume de dessinateur pour imaginer (en 2004) ce qui se passerait si on observait les élections aux États-Unis avec la même rigueur et la même énergie qu’au Venezuela. Il inventa même pour l’occasion une nouvelle ONG : le « Centre Chávez »…

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Note : les propos tenus par Chavez ont été tenus par Jimmy Carter lors d’une mission d’observation électorale au Venezuela en 2004.
Auteur : le dessinateur brésilien Gilbert Maringoni, 35 ans, militant du PSOL, formé en architecture à la FAUU de Sao Paulo est Docteur en Histoire Sociale de la même université. Professeur de journalisme à la Faculté Cásper Líbero et éditorialiste de Carta Maior.
Traduction : Thierry Deronne

Première publication : http://venezuelainfos.wordpress.com…

Pourquoi le Venezuela se retire de la Commission interaméricaine des droits de l’homme

Pourquoi le Venezuela se retire de la Commission interaméricaine des droits de l’homme
Pourquoi le Venezuela se retire de la Commission interaméricaine des droits de l’homme
Le 24 juillet 2012, la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a rendu publique sa décision condamnant l’Etat vénézuélien « d’être internationalement responsable de la violation du droit à l’intégrité personnelle et de traitements inhumains et dégradants à l’encontre de Monsieur Raúl José Díaz Peña ». L’instance a jugé que la « détention [de ce dernier] aurait été illégale et arbitraire et qu’il aurait été soumis à un régime de détention préventive qui aurait dépassé les limites établies dans la loi pénale, en invoquant une présomption de risque de fuite ». La CIDH a également condamné l’Etat vénézuélien à verser 15 000 dollars à Díaz Peña[1].
Qui est Raúl José Díaz Peña ?

Raúl José Díaz Peña est un fugitif vénézuélien lourdement condamné par la justice pour terrorisme et réfugié aux Etats-Unis. En 2003, le Venezuela vivait une situation de polarisation politique extrême suite au coup d’Etat avorté d’avril 2002 contre le président démocratiquement élu Hugo Chávez et le sabotage pétrolier qui avait coûté la somme de 10 milliards de dollars à l’économie vénézuélienne. Tous deux avaient été organisés par l’opposition avec le soutien explicite des Etats-Unis qui avait reconnu la junte putschiste dirigée par Pedro Carmona Estanga, alors président du syndicat patronal Fedecámaras regroupant les intérêts économiques privés du pays, et actuellement réfugié en Colombie.

Le 25 février 2003, une faction radicale de l’opposition composée de Felipe Rodríguez, José Colina Pulido, Germán Varela López, Silvio Mérida et Raúl José Díaz Peña, décidée à renverser Hugo Chávez, a fait exploser plusieurs bombes au Consulat général de la République de Colombie et à l’Ambassade d’Espagne. L’objectif était d’accuser les partisans du président vénézuélien des attentats terroristes, lesquels auraient agi en représailles à la décision de Bogota et de Madrid de reconnaitre l’éphémère junte putschiste d’avril 2002[2].

Néanmoins, le plan échoua car Díaz Peña et ses complices furent arrêtés le même jour par les autorités du pays. Suite à son procès, le 29 avril 2008, il a été condamné en première instance à 9 ans et 4 mois de prison pour terrorisme par la justice vénézuélienne. En mai 2010, un juge a décidé d’octroyer un régime de semi-liberté à Díaz Peña en lui permettant de passer les weekends en famille et d’exercer une activité professionnelle. En septembre 2010, Díaz Peña a pris la fuite et s’est réfugié aux Etats-Unis[3].

La CIDH, une juridiction indépendante ?

Organe juridique de l’Organisation des Etats américains, entité sous forte influence des Etats-Unis – à tel point que l’ensemble des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe ont décidé de créer la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) en décembre 2011, afin de s’émanciper de l’ombre tutélaire de Washington et de son fidèle allié canadien –, la CIDH est soupçonnée de partialité à l’égard des gouvernements de gauche en Amérique latine.

Ainsi, contre toute attente, la CIDH a accepté dès 2005 d’étudier le cas de Díaz Peña soumis par la Venezuela Awareness Foundation, une organisation de l’opposition à Hugo Chávez. Or, pour pouvoir émettre un jugement, les statuts de l’entité interaméricaine stipulent que tous les recours juridiques doivent avoir été épuisés dans le pays d’origine, ce qui n’est pas le cas pour l’affaire Díaz Peña. C’est la première fois dans l’histoire de la justice interaméricaine que la CIDH accepte d’étudier le cas d’un individu condamné pour terrorisme dans son propre pays, en fuite aux Etats-Unis et dont le procès est toujours en cours, en violation de sa propre Convention. A ce jour, l’entité juridique de l’OEA n’a pas fourni d’explication à ce sujet[4].

Nicolás Maduro, ministre des Affaires étrangères du Venezuela, a fait part de sa consternation et a annoncé que son pays se retirerait de l’organisation. « Il est regrettable d’en arriver là, mais le Venezuela y a été contraint par les décisions aberrantes et abusives qui ont été prises contre notre pays depuis 10 ans » par la CIDH. « Aucun pays d’Europe ni les Etats-Unis n’accepterait que la CIDH protège un terroriste », a-t-il ajouté[5]. La diplomatie vénézuélienne a accusé l’entité « de complicité avec la politique de Washington de protection aux terroristes » et a exigé « que soient appliques les principes d’universalité, d’impartialité, d’objectivité et de non-sélectivité dans l’examen des questions des droits de l’homme[6] ».

En effet, depuis l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir en 1999, la CIDH a multiplié les décisions et rapports défavorables au Venezuela, dans des proportions largement supérieures au reste de l’Amérique latine. Ainsi, depuis sa création en 1959 et jusqu’à l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir en 1999, la CIDH n’avait émis que cinq jugements condamnant des violations de droits de l’homme au Venezuela. En revanche, entre 2000 et 2012, la CIDH a condamné Caracas à 36 reprises. Ainsi, en l’espace de 12 ans, la CIDH a condamné le Venezuela 7 fois plus que durant les 40 années précédentes, marquées par des exactions de toute sorte et notamment le Caracazo du 27 et 28 février 1989, révolte populaire contre la vie chère réprimée dans le sang par l’armée et la police et qui a coûté la vie à près de 3 000 civils[7].

Par ailleurs, lors de coup d’Etat d’avril 2002, la CIDH, à l’instar des Etats-Unis, a ouvertement reconnu la dictature de Pedro Carmona dans une lettre adressée à ce dernier et signée de la main de Santiago Antón, alors secrétaire exécutif de la CIDH[8]. Maduro n’a pas manqué de rappeler cet épisode qui jette une ombre sur la crédibilité et la réputation de l’entité interaméricaine : « La Commission a reconnu les putschistes et a refusé de soutenir le président Hugo Chávez[9] ».

Le président Chávez a confirmé que son pays se retirerait de la CIDH[10]. « Le Venezuela se retire de la Cour interaméricaine des droits de l’homme par dignité et nous l’accusons aux yeux du monde d’être indigne de porter ce nom de droits de l’homme en apportant son soutien au terrorisme », a-t-il souligné[11]. La CIDH «  ne nous a même pas appelé pour nous consulter. Ici [au Venezuela], il y a eu un jugement, une condamnation, il y a des témoins qui ont affirmé que ce terroriste a fait exploser des bombes à l’ambassade d’Espagne et de Colombie. Cela a été prouvé », a-t-il ajouté[12].

La réaction des Etats-Unis

De son côté, Washington a fustigé la décision de Caracas. Victoria Nuland, porte-parole du Département d’Etat a déclaré que « le Venezuela enverrait un message lamentable au sujet de ses engagements envers les droits de l’homme et la démocratie » au reste du continent, en se retirant de la juridiction de la CIDH. Nuland a fait l’éloge de l’entité interaméricaine, et a fait part de son respect pour cette dernière[13].

Néanmoins, la position des Etats-Unis n’est pas exempte de contradictions. En effet, contrairement à l’ensemble des pays de l’Amérique latine, les Etats-Unis, tout comme le Canada, ont toujours refusé de se soumettre à la juridiction de la CIDH et ne reconnaissent pas son autorité, estimant qu’elle viole leur souveraineté nationale.

La récente décision de la CIDH concernant le Venezuela suscite de nombreuses interrogations. Pourquoi la CIDH a-t-elle accepté d’étudier le dossier Ruiz Peña avant la fin de son procès au Venezuela, violant ainsi sa propre Convention ? Quelles ont été les motivations qui ont amené les magistrats à rendre un jugement favorable à un individu lourdement condamné par la justice vénézuélienne pour terrorisme et en fuite aux Etats-Unis ? Sont-elles politiques ou bien juridiques ? Aurait-elle étudié le cas si Ruiz Peña avait été colombien, mexicain ou chilien ? Quel a été le rôle de la CIDH lors du coup d’Etat contre Hugo Chávez et la démocratie vénézuélienne en avril 2002 ? En un mot, la CIDH est-elle impartiale vis-à-vis du Venezuela ?

Article original publié en portugais :http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23694/as+razoes+da+venezuela+em+deixar+a+cidh+.shtml  
Salim Lamrani
Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Vers un octobre rouge au Venezuela ?

Vers un octobre rouge au Venezuela ?
Vers un octobre rouge au Venezuela ?

La campagne électorale bat son plein au Venezuela. Sept candidats sont en lice pour se disputer, le 7 octobre prochain, la présidence de la République. Parmi eux, Yoel Acosta Chirinos, ancien compagnon d’armes de Chávez lors de la tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 ; Orlando Chirinos, syndicaliste [ex]trotskyste farouchement opposé aux politiques gouvernementales ; Henrique Capriles Radonski, candidat de la Mesa de Unidad Democratica (MUD), plateforme qui regroupe les partis néolibéraux ; et, bien sûr, Hugo Chavez, qui brigue un nouveau mandat.

Notons d’emblée que les deux derniers candidats mentionnés ci-dessus devraient réunir 99 % des suffrages exprimés. Dans un pays où la politique est aussi bipolarisée, il ne subsiste guère d’espace électoral pour des positions intermédiaires. Des partis politiques comme Patria Para Todos (PPT) ou Podemos qui avaient fait ce pari, ont été laminés lors de scrutins antérieurs où ils se présentèrent comme une « troisième voie ». Leurs dirigeants ont d’ailleurs fini par rejoindre les rangs antichavistes.

Comme lors de la précédente campagne présidentielle, en 2006, l’opposition est prise dans une contradiction. Le candidat Capriles, dans la droite ligne de ses origines sociales et de ses positions constantes à la droite de l’échiquier politique vénézuélien, propose un programme néolibéral classique, même si les médias le maquillent en projet social-démocrate. Mais comme ce programme, s’il est explicité, a peu de chances de séduire la majorité de l’électorat, Capriles a opté pour une stratégie de campagne avant tout émotionnelle, axée sur son opposition aux mesures gouvernementales. Cette posture stratégique diverge radicalement de la clarté idéologique de son projet.

Pour gagner l’adhésion des électeurs, Capriles recourt systématiquement à des stratagèmes. En premier lieu, il décontextualise de manière permanente les problèmes du Venezuela en faisant l’impasse sur les conséquences de plusieurs décennies de politiques néolibérales du pays avant l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez. De plus, il présente les mesures du gouvernement comme une anomalie dans le monde démocratique. Cette stratégie a néanmoins ses limites. Alors que l’opposition accusait le gouvernement d’isoler le Venezuela sur la scène internationale, l’entrée du pays dans le Mercosur, l’appui des partis de gauche de tout le continent lors du Foro de Sao Paulo récemment organisé à Caracas, et surtout le soutien de l’ancien président brésilien Lula da Silva à Chavez, ont pulvérisé cette manœuvre.

Conséquence de cette décontextualisation, l’opposition s’emploie à nier systématiquement toutes les avancées sociales et économiques du gouvernement. Enfin, prodige de la sémantique, l’unité des partis politiques qui appuient la candidature de Capriles devient l’unité de tous les Vénézuéliens. Disparus les antagonismes entre les ouvriers et le patron, entre les propriétaires fonciers et les mal-logés, entre les paysans exploités et les terratenientes, entre le propriétaire d’une clinique privée et le patient sans le sou…

Face à cette rhétorique, le candidat Chavez a présenté un programme de gouvernement dans la continuité des acquis de la Révolution bolivarienne [1]. A en croire les instituts de sondage, les Vénézuéliens semblent majoritairement adhérer à ce programme. En particulier, une enquête effectuée par l’agence Reuters montre une constante domination du candidat bolivarien [2]. Mais Hugo Chavez demande constamment à ses partisans de ne
pas tenir la victoire pour acquise et de convaincre les indécis afin de l’emporter avec le plus large écart possible. Une victoire serrée de l’actuel président ne manquerait pas, en effet, de réveiller les vieux démons anti-démocratiques d’une opposition prête à tout pour s’emparer de l’exécutif. Comme le note Jennifer Lynn McCoy, du Centre Carter, “un résultat étriqué qui ne serait pas accepté déboucherait sur une vague de violence” [3].

L’enjeu des élections du 7 octobre 2012 dépasse donc la simple joute électorale. Si Hugo Chavez et les forces armées vénézuéliennes [4] se sont engagés à respecter les résultats proclamés par le Centre national électoral (CNE), aucun dirigeant de l’opposition n’a fait de même. Plus grave : une campagne médiatique s’est mise en branle pour semer le doute
sur l’impartialité du CNE. L’hebdomadaire Zeta a récemment consacré une de ses livraisons à une prétendue fraude électorale qui serait organisée par ce même CNE [5]. En 2006, lors de la précédente élection présidentielle, son rédacteur en chef, Rafael Poleo, avait ouvertement appelé au coup d’Etat coloré, dans le pur style des révolutions « oranges » [6]. Cet appel, lancé en direct sur la chaîne de télévision Globovision, n’avait pas été cautionné par le candidat de l’opposition de l’époque, Manuel Rosales. Qu’en sera-t-il éventuellement de Capriles ?

Cette accusation de fraude est reprise par le quotidien El Nacional [7]. Depuis sa cellule, le général Baduel, ancien ministre de la défense condamné pour corruption, appelle les Vénézuéliens à « étudier les préceptes du professeur Gene Sharp, dont se sont inspirées toutes les révolutions colorées, de la Serbie à l’Ukraine en passant par la Géorgie
ou l’Azerbadjian » [8].

Les récents voyages de dirigeants de l’opposition en Espagne, en Israël et en Colombie, ainsi que l’appel du pied de Capriles aux militaires vénézuéliens [9], ont nourri les spéculations du camp chaviste. Le journaliste José Vicente Rangel, toujours très bien renseigné, a révélé l’intention d’une partie de la droite de ne pas accepter les résultats afin de jeter la suspicion sur la transparence démocratique du processus vénézuélien [10]. Le procureur général de la République, Luisa Ortega Díaz, a même alerté sur la possibilité d’un coup d’Etat post-électoral [11].

Pour mettre en échec le dessein d’une partie de la droite vénézuélienne, Hugo Chavez devra conquérir les suffrages d’une large majorité d’électeurs. Il lui reste un peu plus de deux mois pour y parvenir.

Romain Migus, Journaliste, Caracas.

SOURCE : http://www.medelu.org/Les-strategies-a-risque-des

NOTES :

[1] Propuesta del candidato de la Patria, Comandante Hugo Chávez, para la
gestión bolivarianasocialista 2013-2019 :

http://www.chavez.org.ve/Programa-Patria-2013-2019.pdf

[2] Reuters : Hugo Chávez lidera encuestas camino a las elecciones
presidenciales :

http://www.6topoder.com/…/elecciones-presidenciales-tabla-resultados/

[3] “Centro Carter teme violencia en Venezuela ante posible resultado
reñido en las elecciones del 7-O”, Noticias24, 6 mars 2012 :

http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/95260/observadora-de-ee-uu-teme-violencia-en-venezuela-si-eleccion-es-renida/

[4] “Rangel Silva : La Fanb reconocerá a quien gane las elecciones del
7-0, no a quien diga que ganó”, Noticias24, 6 avril 2012 :

http://www.noticias24.com/…/dada-a-su-comandante-en-jefe/

[5] Carlos Julio Peñaloza, “La mecánica del fraude electoral”, Zeta, nº
1860, 6 juillet 2012.

[6] Rafael Poleo explosivo 3, Youtube :

[7] Nailibeth Parra Carvajal, “Miguel Henrique Otero : Hay que tener y
cobrar los votos”, La Verdad, 16 juillet 2012 :

http://www.laverdad.com/politica/…/votos-hay-que-cobrarlos.html

[8] “En exclusiva : video de Raúl Isaías Baduel desde el penal militar de
Ramo Verde”, Noticias24, 9 avril 2012 :

http://www.noticias24.com/…/baduel-desde-el-penal-militar-de-ramo-verde/

[9] “Capriles ofrece a la Fanb seguridad social, fin del “culto a la
personalidad” y rechazo a la injerencia extranjera”, Noticias24, 12
juillet 2012. http://www.noticias24.com/…/militares-y-sus-familias/

[10] “JVR : La oposición apela a todo tipo de recurso para denunciar
fraude el 7 de octubre”, Noticias24, 8 juillet 2012 :

http://www.noticias24.com/…/denunciar-fraude-el-7-de-octubre/

[11] Fiscal general advierte sobre posible golpe de estado, Youtube, 10
mai 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=9BaJfelgt1M

URL de cet article 17297
http://www.legrandsoir.info/les-strategies-a-risque-des-opposants-a-hugo-chavez.html

Coup d’État au Paraguay

Coup d’État au Paraguay
Coup d’État au Paraguay

Le 22 juin, le Sénat paraguayen a destitué le président Fernando Lugo à la suite d’une procédure prévue par la Constitution, mais dont le déroulement s’est avéré plus que litigieux. M. Lugo a néanmoins accepté de se retirer tout en dénonçant un « coup d’Etat » qui« meurtrit le Paraguay et sa démocratie » (1).

Elu en 2008 à la tête d’une large coalition, M. Lugo n’a jamais bénéficié d’une majorité dans les assemblées du pays, son ancien allié, le Parti libéral radical authentique (PLRA, droite), se retournant très vite contre lui. Si, conformément à la Constitution, le Parlement paraguayen a nommé le vice-président Federico Franco (membre du PLRA) au sommet de l’Etat, sa décision a fait l’objet de vives critiques dans la région.

« Voici donc comment on procède désormais pour réaliser un coup d’Etat »

« Voici donc comment on procède désormais pour réaliser un coup d’Etat », a déclaré le ministre des affaires étrangères du Venezuela, M. Nicolas Maduro, le 22 juin. La présidente argentine Cristina Fernández a précisé le même jour que Buenos Aires « n’accepterait pas le coup d’Etat au Paraguay », promettant « des mesures appropriées »du sommet du Marché commun du Sud (Mercosur (2)) de la semaine prochaine (3). Son homologue brésilienne, Mme Dilma Rousseff, a suggéré que le Paraguay pourrait être expulsé du Mercosur et de l’Union des nations sud-américaines (Unasur). Le président équatorien Rafael Correa a, pour sa part, souligné que son gouvernement « ne reconnaîtrait aucun autre président paraguayen que Fernando Lugo » (4). Plus modéré, lé président péruvien Ollanta Humala a qualifié la destitution de M. Lugo de « revers pour la démocratie qui oblige nos pays à se montrer vigilants » (5).

Mais, à l’image de l’épisode hondurien de juin 2009, la situation paraguayenne révèle la division de la région. Si une délégation de ministres des affaires étrangères des pays de l’Unasur s’est rendue à Asunción pour tenter de faire respecter l’ordre constitutionnel, ce ne fut qu’après que le Brésil ait « tapé du poing sur la table » pour surmonter la résistance du Chili et de la Colombie, deux pays gouvernés par la droite. Forts de ce soutien implicite, les députés paraguayens ne réservèrent que « silence et indifférence » à la délégation, comme le rapporte M. Maduro (6). Certes, M. Juan Manuel Santos, le président colombien, a regretté le départ de M. Lugo. Il a toutefois indiqué que, selon lui, « d’un point de vue formel, il n’y a pas eu de rupture de l’ordre démocratique » (7).

Venezuela, 2002. Bolivie, 2008. Honduras, 2009. Equateur, 2010. Paraguay, 2012… Avortées ou réussies, les tentatives de coup d’Etat ne sont plus rares en Amérique latine. Les classes dominantes de la région peineraient-elles à accepter la transition démocratique ?

(2) Créé par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay en 1991.
(4Ibid.
(6) «  Cancilleres de Unasur no reconocen a Federico Franco como sucesor de Lugo  »,América Economía, 22 juin 2012.

Articles dans une autre langue:

Anglais

http://www.aljazeera.com/news/americas/2012/06/201262383641605671.html

Espagnol

http://www.telesurtv.net/articulos/2012/06/21/fernando-lugo-es-un-golpe-de-estado-express-2684.html

Portugais

http://www.cartacapital.com.br/internacional/as-reacoes-internacionais-a-derrubada-de-lugo-no-paraguai/

Carrés rouge, vos papiers!

Carrés rouge, vos papiers!
Carrés rouge, vos papiers!
La présence policière demeure par ailleurs imposante tant sur le site du circuit Gilles-Villeneuve que sur les lieux des festivités à Montréal et dans le métro.

La présence policière demeure par ailleurs imposante tant sur le site du circuit Gilles-Villeneuve que sur les lieux des festivités à Montréal et dans le métro.
Sont-ils réels, ces contrôles d’identité dans le métro pour les porteurs de carrés rouges, dont on entend parler depuis le début du Grand Prix de Montréal? Ceux qui affichent être contre la hausse des frais de scolarité se font-ils désormais fouiller, inviter au poste de police le plus près, comme on le raconte sur les réseaux sociaux depuis plusieurs heures? Samedi, deux journalistes du Devoir ont entrepris de tirer l’affaire au clair en épinglant sur leur poitrine des  carrés rouges avant de s’engouffrer dans la gueule du métro. Résultat? Interpellation rapide, détention pour fin d’enquête. «On fait juste ça, du profilage criminel», a indiqué de suite un des agents du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) lors de la fouille de nos journalistes.

 

Samedi, 13h50: Sous le plein soleil, les journalistes Raphaël Dallaire Ferland et Catherine Lalonde se retrouvent Place Émilie-Gamelin. Sacs au dos, ils s’épinglent chacun un carré rouge, elle ajoute de plus un carré noir. Lui porte un foulard, rouge, autour du cou, ample, qui laisse son visage à découvert. Elle, sous le bras, trimballe deux grands cartons blancs. Des pancartes? Même pas, ni des affiches. Juste deux larges cartons, vierges. Direction: métro Berri-UQAM.

Dans le métro, avant d’accéder au quai, Raphaël se fait interpeller. Quatre policiers demandent à fouiller son sac «pour raisons de sécurité.» Les agents du SPVM sont fermes et courtois. «On fouille tout le monde, indique l’agente Norbert, parce qu’on s’est fait lancer des bouteilles de bière en feu hier. On a même fouillé un gars qui avait sa poche de hockey.» Pourtant, Catherine est passée sans problème.

Sur les quais du métro, quelques minutes plus tard, nos journalistes, toujours non identifiés, demandent à une demi-douzaine de personnes, de tous âges, portant des sacs plus gros que les leurs, s’ils se sont fait fouiller. Cinq répondent non. Le seul qui a vécu la même expérience est un jeune homme, dans la vingtaine, qui portait le carré rouge au moment où il s’est fait intercepter.

Direction: Parc Jean-Drapeau, sur l’île Sainte-Hélène, où se trouve le site du Grand Prix de la F1. La présence policière est très, très forte. Un agent par wagon de métro, au moins une demie-douzaine à la sortie, certains criant le chemin à suivre pour assurer la fluidité de la circulation. Trois camionnettes de la police sont bien en vue, collée sur les portes du métro. Impossible de faire quinze pas sans croiser un nouvel agent. La foule est dense, familles ou groupes d’amis se dirigent vers l’entrée officielle, plusieurs avec une glacière au bout du bras. Les journalistes, toujours incognito, suivent ce flot sur quelques mètres.

En retournant vers le métro, histoire de rebrousser chemin, les deux journalistes croisent François Arguin, 37 ans, microcaméra au poing, qui filme, dit-il, toutes les manifestations depuis le début de la grève étudiante, et qui les aborde, étonné de voir des carrés rouges en ce lieu. «Moi je n’ai pas mis le mien exprès parce que je voulais pouvoir filmer sans problème.»

Quelques mètres plus tard, à quelques secondes des portes du métro, plusieurs policiers enserrent le trio, qui poursuivait sa marche, «pour fouiller vos sacs et vous demander de répondre à des questions». Deuxième fouille, donc, en moins de quinze minutes. Un groupe d’agent est formé autour de Raphaël Dallaire Ferland et Catherine Lalonde, un autre autour de François Arguin. Ils sont, en tout, seize agents pour trois individus. L’attitude, pour la même intervention, est beaucoup, beaucoup plus nerveuse que celle adoptée par les agents qui patrouillaient le métro.

Pourquoi nous fouiller? «Parce que vous arborez un signe révolutionnaire»

Les journalistes coopèrent, mais retournent une question pour chacune qu’on leur pose. Pourquoi nous fouiller? «Parce que vous arborez un signe révolutionnaire», répondra un agent, visiblement excédé, «pis parce que je suis tanné du monde comme vous.». Il porte une gaze à l’avant-bras, qui semble protéger une blessure. Pourquoi nous? N’est-ce pas du profilage? «On fait juste ça, du profilage criminel», poursuit le même agent. Le parc Jean-Drapeau ne serait plus un lieu public ? «Aujourd’hui, c’est un lieu privé ouvert au public,» enchaîne un autre, sortant des sacs une mangue, un programme de saison de danse, des carnets de notes, des stylos. Rien d’illégal, rien qui ne laisse présager aucune intention criminelle. Pourquoi ne pourrions-nous pas en être? «Les organisateurs ne veulent pas de vous ici.» Le SPVM, aujourd’hui, répond donc aux besoins et désirs des organisateurs du Grand Prix ? «Tout à fait,» dira le matricule 5323, le répétant fièrement une deuxième fois lorsqu’on lui redemandera.À la demande des journalistes, les deux principaux agents donnent leurs numéros de matricule, insistant pour qu’on les écrive. «Prenez-les, vos notes, pour la déontologie pis toute. Vous appellerez mon patron, monsieur Simoneau, il va être content de vous entendre dire que je fais une bonne job. Envoye, Préfontaine, donne-le ton matricule toi aussi, t’es-tu game?», nargue le matricule 5323, qui ne semble pas craindre un seul instant le moindre recours. Un seul agent, après avoir donné son numéro, ajoutera plus humainement «Moi c’est Stéphane, by the way.» 

Les agents demandent aux journalistes de s’identifier. État d’arrestation? «Vous allez rencontrer un enquêteur, à cause de vos intentions criminelles.» Était-ce la bouteille d’eau découverte dans le sac qui dévoilait quelques volontés malveillantes ? Ou le pull ? Pourquoi des intentions criminelles ? «Arrête de nous écoeurer avec tes questions,» sera la réponse dont on devra se contenter.

«Tu penses que c’est ça, un camp de concentration ?» [...]

« Je peux-tu lui montrer c’est quoi, un camp de concentration ? », [...]

«Non. Y’a des caméras.»

Pas besoin d’aller au poste, l’enquêteur est sur place. Direction: un carré d’herbe juste devant la Biosphère, transformée en poste de police en plein air. Un homme y est menotté, un drapeau fleurdelisé chiffonné entre ses mains. Une jeune femme, menottée, mais souriante, se joindra plus tard au groupe. François Arguin survient, escorté, en colère: ses menottes le font souffrir, on lui a confisqué sa caméra. «On ne sait pas ce qu’il va faire avec ses images», indique un agent. «Par une journée comme aujourd’hui, ça suffit pour être envoyé chez l’enquêteur», précise un autre. On oblige Arguin à s’asseoir, sans lui demander de le faire, en lui pressant fermement l’abdomen. «Man, c’est comme un camp de concentration light, icitte.» L’agent blessé au bras monte le ton: «Tu penses que c’est ça, un camp de concentration ? J’ai eu de la famille, moi, dans des camps de concentration, t’as aucune idée de quoi tu parles. Ça n’a rien à voir, parle pas de ça.» Un gradé surgit, et un des agents nous indique que voilà le patron et enquêteur. On en déduit qu’il s’agit de Simoneau. Arguin continue d’essuyer la colère de l’agent. «Je peux-tu lui montrer c’est quoi, un camp de concentration ?», demande ce dernier à son chef. Réponse: «Non. Y’a des caméras.»
Attente. Les journalistes tentent de connaître l’état de leur situation. Il leur faudra insister à de nombreuses reprises, en appeler de leurs droits pour arracher un «vous êtes détenu pour enquête.» Après une dizaine de minutes, on les informe qu’ils ne seront «pas détenus, finalement. Nous allons vous expulser du site. Vous pouvez juste prendre le métro vers Berri ou Longueuil.» À partir de ce moment, l’attitude des policiers change, beaucoup plus pondérée. Arguin se fait remettre sa caméra. Les agents ont effacé, sans son consentement, les images qu’il avait prises sur le site. Pourquoi cette libération soudaine, après la prise d’identités des journalistes ?Le trio est escorté jusqu’au métro par trois agents. On entend le Matricule 3121, au téléphone, en chemin, dire à son interlocuteur «aucun détenu sur les trois. J’suis déçu.» Ce n’est qu’au sortir du wagon, métro Berri-UQAM, que nos journalistes sentent qu’ils ont récupéré leur pleine liberté de circuler.
Source: Catherine Lalonde et Rapahël Dallaire-Ferland (10 juin 2012), “Carrés rouge, vos papiers!”, Le Devoir, page consultée le 10 juin 2012 [en ligne], adresse URL: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/352102/recit-d-un-petit-voyage-en-metro-avec-un-carre-rouge

Lettre ouverte à la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE) /ENG /ESP

Lettre ouverte à la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE) /ENG /ESP
Lettre ouverte à la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE) /ENG /ESP

[notice](Version español abajo – English version below )[/notice]

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Bonjour,

Nous vous demandons de signer et de diffuser, comme individu ou groupe, cette lettre ouverte à la FCEE pour leur faire pression pour qu’ils organisent des Assemblées générales de grève le plus tôt possible pour mettre fin aux frais de scolarité exorbitants à travers le pays et atteignent en premier lieu ceux du Québec, puis la gratuité scolaire.

Solidairement,

Stéphanie, membre de la SBQ.

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Lettre ouverte à la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE)

Diffusée le 6 mai, 2012

Appuyons les étudiantes et étudiants du Québec en amenant le mouvement en Ontario !

À nos représentantes et représentants de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE) et des syndicats étudiants locaux affiliés,

Nous, soussignées et soussignés, écrivons à la FCEE en tant que fières militant-e-s et syndicalist-e-s étudiant-e-s, ainsi qu’en tant que travailleuses et travailleurs et membres de la communauté qui appuient le mouvement étudiant au Canada. Nous écrivons cette lettre afin de demander à la FCEE de s’engager dans un effort cohérent et sérieux de mobilisation pour répandre le mouvement étudiant québécois au reste du Canada.

Nous croyons que c’est la meilleure preuve de solidarité que nous pouvons donner à nos sœurs et frères au Québec. Nous croyons que c’est le devoir des dirigeant-e-s étudiant-e-s élu-e-s de construire ce mouvement et nous nous engageons, en tant qu’étudiant-e-s à la base, à vous appuyer.

Après douze semaines de grève contre une hausse massive des frais universitaires, en plus de faire face à une répression et une brutalité policière énormes, le mouvement étudiant au Québec force le gouvernement à bouger. Il s’agit d’un exemple héroïque.

Nous demandons à la FCEE de commencer la mobilisation pour une grève étudiante en Ontario et dans le reste du Canada. Une campagne d’éducation de masse, de délégations de solidarité et de mobilisations de masse devraient être démarrée pour mener à une grève étudiante en Ontario. Apportez les leçons du Québec en Ontario.

Le Québec nous a montré, à maintes reprises, que la seule façon de forcer des concessions des gouvernements, c’est de se mobiliser en masse à travers des campagnes de grève afin de confronter le gouvernement, pas en envoyant des cartes postales, mais par l’action ! Les étudiant-e-s et la jeunesse, ainsi que la population ouvrière en général, ont été inspiré-e-s par le mouvement québécois.

Nous demandons donc à nos représentantes et représentants de la FCEE et des syndicats étudiants locaux affiliés de commencer immédiatement une campagne pour la gratuité scolaire au niveau post-secondaire et de préparer des votes de mandat de grève en automne 2012.

Un mouvement étudiant massif en Ontario montrera aux étudiant-e-s du Québec qu’ils et elles ne sont pas seul-e-s. Cela renforcera le mouvement pour la gratuité scolaire post-secondaire à travers le Canada et tranchera à travers les divisions créées par les grands médias et les politiciens qui défendent les intérêts des grandes entreprises afin d’affaiblir le mouvement étudiant.

Notre réponse à la course vers le bas ; les frais de scolarités à travers le Canada doivent descendre aux niveaux québécois, comme première étape vers l’abolition de tous les frais de scolarité dans le pays.

Préparez-vous à un vote de grève à l’échelle de l’Ontario à l’automne 2012 !

Pour signer la pétition, les gens et les associations étudiantes peuvent envoyer un courriel avec leur affiliation à : farshad.enghelab@gmail.com ou rashin.alizadeh@gmail.com

Source: http://www.marxiste.qc.ca/international/amerique/311-lettre-ouverte-a-la-federation-canadienne-des-etudiantes-et-etudiants-fcee

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Hola,

Les pedimos firmar y difundir, como individuo o grupo, esta carta abierta a la FCEE para empujarlos a organizar asambleas generales de huelga lo mas pronto posible con el fin de acabar con la tarificacion altisimo de la matricula a travers del Canada y que alcanzan al nivel de la provincia de Quebec, luego la educacion gratuita.

Solidariamente,

Stéphanie, miembro de la SBQ.

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Carta abierta a la Federación canadiense de estudiantes (FCEE)

Difundida el 6 de mayo del 2012

¡Apoyemos los estudiantes de Quebec trayendo el movimiento a Ontario!

A los representantes de la Federación canadiense de estudiantes (FCEE) y los sindicatos estudiantiles locales afiliados,

Nosotros/as, aquí firmantes/as, escribimos a la FCEE como militantes orgullos/as, sindicalistas estudiantiles, así como trabajadores/as y la comunidad toda que apoya este movimiento estudiantil en Canadá. Escribimos esta carta con el fin de pedir a la FCEE involucrarse en un esfuerzo coherente y serio de movilización para difundir los objetivos del movimiento estudiantil quebequense por todo el Canadá.

Creemos que es la mejor prueba de solidaridad que podemos dar a nuestro/as compañenos/as de Quebec. De este modo creemos que es deber de los dirigentes estudiantiles elegidos, involucrarse como estudiantes en este movimiento de base y apoyarlo.

Luego de mas de doce semanas de huelga contra un incremento masivo en la matricula, además de enfrentar la enorme represión y brutalidad policial, el movimiento estudiantil de Quebec pone en jaque al gobierno e insta a moderarse. Es un ejemplo heroico.

Pedimos a la FCEE iniciar la movilización para una huelga estudiantil en Ontario y en el resto del Canadá. Una campaña de educación de masas, de delegaciones de solidaridad, tambien movilizaciones masivas podrían empezar generando una huelga estudiantil en Ontario. Sigamos el ejemplo de Quebec.

Quebec nos a mostrado, varias veces, que la única manera de hacerse escuchar por los gobiernos, movilizar masas a través de campañas y huelga para frenar imposiciones del gobierno, no solo enviando postales, pero si con acción! Los estudiantes, la juventud, además de la población obrera en general, han sido inspirados por el movimiento esdiantil quebequense.

Así entonces pedimos a los representantes de la FCEE y a los sindicatos estudiantiles locales afiliados inaugurar de inmediato una campaña por la educación gratuita en nivel post-secundario y votar en elecciones por la huelga en otoño del 2012.

Un movimiento estudiantil masivo en Ontario mostraría a los estudiantes de Quebec que no están solo/as. Esto reforzara el movimiento por la educación gratuita post-secundaria a través de todo Canadá y zanjara las divisiones creadas por los medios de comunicación y los político/as que defienden los intereses de las corporaciones privadas con el fin de desacreditar el movimiento estudiantil.

Nuestra repuesta urgente ante los precios de matriculación a través del Canadá es que debe bajar a los niveles de Québec, como primera etapa hacia la abolición total del costo de matricula en la colegiaturas de todo el país.

¡Prepárense a votar por la huelga en el contexto de Ontario para el otoño del 2012!

Para firmar esta petición, la gente de las asociaciones estudiantiles pueden mandar un correo electronico con su afiliación a : farshad.enghelab@gmail.com o rashin.alizadeh@gmail.com

Enlace original: http://www.marxiste.qc.ca/international/amerique/311-lettre-ouverte-a-la-federation-canadienne-des-etudiantes-et-etudiants-fcee

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Hi,

We ask our comrades to sign and spread, as individual or group, this open letter to CFS to put pressure on them to organize General Assemblies for a strike as soon as possible in order to put an end to high tuition fees through the country and reach, first, the levels of Quebec, then free education.

In solidarity!

Stéphanie, member of SBQ

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An open letter to the Canadian Federation of Students (CFS)

To our representatives at the Canadian Federation of Students (CFS) and affiliated student union locals,

We the undersigned are writing to the CFS as proud student unionists and activists, as well as workers and community members who support the student movement in Canada. We write this letter asking that the CFS engage in a consistent and serious mobilizing effort to bring the Quebec student movement to the rest of Canada.

We believe that this is the best solidarity we can give our sisters and brothers in Quebec. We believe it is the obligation of the elected student leaders to build this movement, and we commit, as rank-and-file students, to support you.

After 12 weeks of strikes against massive tuition hikes, and facing massive police repression and brutality, the student movement in Quebec is forcing the government to budge. This is a heroic example.

We ask that the CFS begin mobilizing for a student strike in Ontario and the rest of Canada. A campaign of mass educationals, solidarity delegations and mass mobilizations should be used to lead up towards a student strike in Ontario. Bring the lessons of Quebec to Ontario.

Quebec has shown, again and again, that the only way to force concession from governments is to mobilize on a mass basis through a strike campaign and confront the government, not with postcards, but with action! Students and youth, as well as the working population in general, have been inspired by the Quebec movement.

We are therefore asking that our representatives at the CFS and affiliated locals immediately begin a campaign for free post-secondary education, and make preparations to carry out a strike ballot in the Fall of 2012.

A massive student movement in Ontario would show the Quebec students that they are not alone. It would strengthen the movement for free post-secondary education across Canada, and it would cut across the divisions created by the pro-business politicians and corporate press to weaken the student movement.

Our response to the race to the bottom; tuition fees across Canada should be immediately lowered to the levels in Quebec, as a step towards abolishing all tuition fees in the country.

Prepare for an Ontario-wide strike vote in the Fall of 2012!

Sign this letter by sending your name and affiliation to farshad.enghelab@gmail.com orrashin.alizadeh@gmail.com.

Link: http://www.marxist.ca/labour/solidarity-appeals/766-letters-of-solidarity-with-the-quebec-student-movement.html

Printemps québécois : les étudiants tiennent tête à la « loi spéciale »

Printemps québécois : les étudiants tiennent tête à la « loi spéciale »
Printemps québécois : les étudiants tiennent tête à la « loi spéciale »

Après cent jours de grève, la contestation étudiante ne faiblit pas au Québec, malgré le vote d’une « loi spéciale » restreignant la liberté de manifester. Le 22 mai, ils étaient même 250 000 dans les rues de Montréal ! Au-delà de l’opposition à la hausse des frais de scolarité, le « printemps québécois » dénonce la politique néolibérale du gouvernement, sur fond de scandales de corruption et de destruction de l’environnement. Reportage.

Partout à Montréal, les carrés rouges fleurissent. Sur les manteaux, les portes des maisons, les balcons et sur les réseaux sociaux où ce symbole de l’endettement des étudiants québécois remplace de nombreuses photos de profils. « Le mouvement étudiant nous incite à réfléchir sur le modèle de société qu’on souhaite. Leurs voix nous font du bien, c’est un appel d’air. » Louise a 62 ans. La dernière fois qu’elle est descendue dans la rue, c’était en 1982. Trente ans plus tard, le mouvement étudiant entame son centième jour de grève.

Tout commence par l’annonce du gouvernement libéral de Jean Charest. Pour rivaliser avec le niveau des universités en Amérique du Nord, les étudiants sont invités à faire leur « juste part », alors que plus d’un quart des étudiants sont déjà très endettés [1]. Après des négociations avortées, la hausse des frais de scolarité est passée de 75 % sur cinq ans à 82 % sur sept ans. 30 000 étudiants risquent d’être privés d’accès à l’université, faute de moyens [2].

Face à cette impasse, les manifestations se multiplient. Cent jours après le début du conflit, le mouvement perdure. Les principales organisations étudiantes, la Fecq (La Fédération étudiante collégiale du Québec), la Feuq (Fédération étudiante universitaire du Québec) et la Classe (Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante) dénoncent la marchandisation de l’éducation et l’endettement croissant des étudiants. Toutes réclament un gel des frais de scolarité et la tenue d’état généraux sur l’éducation.

Corruption et crimes environnementaux

Au Québec, les droits de scolarité sont restés très bas depuis les années 1970 lorsque la Révolution tranquille met en place un système d’éducation publique et accessible à tous, « un des socles de l’identité québécoise », explique Éric Martin, politologue et chercheur à l’Iris. Voilà pourquoi la volonté explicite du gouvernement de s’aligner sur le modèle du Canada anglophone ou du Royaume-Uni est vécue comme une remise en cause profonde des valeurs partagées par la population. L’opposition des étudiants sur cette question délicate ne date pas d’hier, comme l’analyse Benoît Lacoursière. Depuis les années 1990, les volontés d’augmenter les frais de scolarité se sont heurtées à la colère étudiante. En 2001 et en 2005, les étudiants avaient fait reculer le gouvernement sur ses propositions.

Au fil des semaines, ce n’est plus seulement la hausse des frais de scolarité qui est pointée du doigt mais toute la politique néolibérale du gouvernement en place depuis 2003. Des scandales de corruption dans le secteur de la construction sont étudiés en ce moment par la Commission Charbonneau. La politique environnementale de Jean Charest est aussi dénoncée par une grande partie de la société civile. Le 22 avril dernier, pour la journée mondiale de la Terre, ils étaient 300 000 dans les rues de Montréal pour protester contre le Plan Nord, un programme de développement minier et pétrolier dans le nord du Québec critiqué par de nombreuses associations environnementales.

Un contexte qui explique l’ampleur de la contestation. Le mouvement étudiant cristallise les mécontentements et pourrait à long terme revitaliser la question de l’indépendance. « On sent cet esprit, même si ce n’est pas tout à fait explicite. Il y a un retour du désir d’autonomie, de défense de la culture et du Bien commun avec en filigrane l’idée d’indépendance. Au Québec, toute lutte sociale d’envergure est liée à la question de la souveraineté nationale », rappelle le politologue Éric Martin.

Rigidité néolibérale

Le 18 mai, le Parlement vote à la hâte une loi spéciale visant à restreindre le droit de manifester. Une décision qui va mettre le feu aux poudres. Le barreau du QuébecAmnistie Internationale Canada et d’autres acteurs de la société civile dénoncent la loi 78 perçue comme une atteinte aux droits fondamentaux. « Je me sens profondément en deuil, c’est une loi matraque qui bafoue notre liberté d’expression, un droit élémentaire », réagit Michelle Saint-Denis, enseignante au cégep du Vieux-Montréal. Les jours qui suivent, les manifestations nocturnes dégénèrent et plus de 360 personnes sont arrêtées à Montréal.

« On est toujours dans la rue et on va continuer à marcher tous les soirs, ce n’est pas une loi d’exception qui va nous faire plier », assure Nicolas, 23 ans étudiant en histoire, en grève depuis cent jours. « Le mépris du gouvernement envers la population incite les gens à se constituer comme sujets politiques », analyse Éric Martin. La ligne dure ne fait donc qu’accentuer la contestation. C’est désormais contre la hausse des frais de scolarité et contre cette loi d’exception que les Québécois descendent dans la rue. La stratégie électoraliste du Parti libéral qui pariait sur des sondages favorables ne s’est pas annoncée payante.

Éducation populaire et pédagogie créative

Si le mouvement s’inscrit dans la durée, c’est aussi grâce à la solidarité des associations étudiantes et à leur travail d’éducation populaire. Avec habileté, les étudiants répondent à l’argument du gouvernement concernant le sous-financement des universités québécoises. Ils mettent en exergue leur mauvaise gestion et proposent des solutions alternatives à la hausse des frais de scolarité.

Exemple significatif, l’organisation la plus influente dans le mouvement, la Classe, fonctionne selon un modèle décentralisé de démocratie directe. Depuis le début du conflit, les 65 associations membres votent des propositions qu’elles portent ensuite au congrès hebdomadaire. Aucune décision n’est prise d’« en haut » et lorsque les deux portes-parole de la Classe ont été accusés par les médias de manipuler les étudiants, ils n’ont pas hésité à expliquer à la télévision leur fonctionnement. « C’est la première fois qu’on entend parler de démocratie directe au Québec, c’est une avancée considérable qu’apporte ce mouvement », observe notre politologue.

Éducation et savoirs : bien plus qu’une marchandise

Depuis plusieurs mois, les étudiants regorgent d’inventivité pour expliquer les enjeux de la hausse des frais au reste de la population. En témoignent l’École de la montagne rouge, un laboratoire artistique militant, l’opération Ligne rouge, et la Boîte rouge, un média créé spécialement par les étudiants pour couvrir le mouvement. Mario, électricien de 35 ans, porte le carré rouge depuis deux semaines après avoir longuement discuté avec des étudiants : « J’ai pas d’enfant, mais je ne veux pas que les jeunes s’endettent encore plus pour pouvoir étudier ! »

Pour Claude Vaillancourt, président d’Attac Québec, cette grève « a développé une importante réflexion sur l’éducation et sur la façon de collecter et dépenser l’argent public ». Il observe la convergence des revendications étudiantes avec celles des Indignés et du mouvement altermondialiste. Parmi ces dernières, la défense du service public, la nécessité d’un impôt progressif et la protection d’une certaine vision de l’université qui ne réduit pas le savoir à une simple marchandise.

Vers un renouveau de la gauche québécoise ?

La crise étudiante est en train de devenir une crise sociale et politique qui remet profondément en cause la légitimité du gouvernement en place. Depuis plusieurs semaines, de nombreux partis (Coalition avenir Québec, Parti québécois, Québec solidaire) demandent la tenue d’élections générales prévues par le gouvernement en fin de mandat, à l’automne prochain. Difficile cependant de s’avancer sur les répercussions du mouvement étudiant dans les urnes : « De nombreux manifestants sont très critiques envers le système de représentation politique, ils peuvent être nombreux à ne pas aller voter », prévient le politologue Éric Martin.

Dans une lettre ouverte aux étudiants, Christian Nadeau, professeur de philosophie à l’université de Montréal a déclaré que « cette lutte étudiante illustrait la renaissance de la gauche au Québec ». Si les membres de l’opposition officielle (Parti québécois, centre gauche) arborent depuis le début le carré rouge, le parti a mis du temps à se positionner clairement en faveur d’un gel des frais de scolarité. « Le Parti québécois ne peut pas capitaliser sur le mouvement car il a depuis longtemps privilégié la rigueur budgétaire », explique Éric Martin. Selon lui, ce« printemps québécois » recompose dès à présent les forces politiques de gauche et peut ouvrir une brèche au sein du bipartisme. Bien plus à gauche du Parti québécois, Québec solidaire(avec seulement 3 % des voix en 2007), parti politique altermondialiste et souverainiste, est aujourd’hui un des seuls à se positionner en faveur de la gratuité scolaire revendiquée par la Classe. Habitué des manifestations, son unique député, Amir Khadir, a appelé à la désobéissance civile face à la loi 78. La Classe a, elle aussi, déclaré qu’elle ne se plierait pas à cette loi d’exception, quitte à en assumer les conséquences juridiques.

Le 22 mai, au 100e jour de grève, une marée rouge de 250 000 personnes a envahi les rues de Montréal. Parmi les étudiants, ils sont nombreux à vouloir continuer la lutte durant l’été. Les cours suspendus jusqu’à fin août pourraient bien être perturbés à l’automne, après ce printemps érable.

Texte et photos : Clément Baudet

Par Clément Baudet, pour Basta! 25 mai 2012.

Notes

[1] En 2005, 57 % des diplômés avaient fait appel à un prêt pour financer leurs études. 27 % des étudiants étaient endettés à plus de 25 000 $ (19 000 €). Source : Statistiques Canada.

[2] D’après les estimations de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (Iris).